La ville se dégrade et semble perdre, jour après jour, son identité et son lustre d’antan.
D’abord, c’est le fonctionnement anarchique de la ville qui saute aux yeux. El-Jadida apparaît de plus en plus sale, mal entretenue et rarement mise en valeur. Des projets sont lancés puis abandonnés avant leur finalisation, laissant derrière eux des chantiers en friche et un sentiment d’inachevé. À cela s’ajoute la tendance alarmante à sacrifier l’héritage historique au profit de bénéfices financiers immédiats. L’ancienne « perle des plages » donne désormais l’impression d’une cité envahie par les déchets, où même le centre-ville accueille aujourd’hui des marchés improvisés.
Le style architectural local, autrefois si caractéristique, est aujourd’hui mis à mal par l’implantation d’hôtels standardisés, sans âme, inspirés d’un modernisme détaché du contexte culturel. Les anciens fleurons touristiques, comme les hôtels Marhaba et Doukkala, sont réduits à l’état de ruines malgré le manque criant de structures d’hébergement. Le tourisme, pilier potentiel de l’économie locale, souffre quant à lui d’un manque d’activités attractives. Les infrastructures routières se détériorent, tandis que les déchets ménagers, non traités, dégagent des odeurs pestilentielles jusque dans les artères emblématiques de la ville.
Les espaces verts, rares et mal valorisés, peinent à offrir un souffle d’air à une ville suffocante. À cela s’ajoutent des enjeux graves liés à la gestion des eaux usées, générant une pollution nocive pour la population et compromettant l’hygiène publique. Certaines entreprises chargées de travaux urbains manquent de rigueur professionnelle, livrant des ouvrages dont la qualité et la durabilité sont plus que discutables.
Les critiques portent également sur la discrimination présumée dans l’ouverture des commerces, sur des critères flous et contestés, ainsi que sur la résistance affichée à l’égard de projets portés par des natifs résidant à l’étranger. La ville peine, en outre, à intégrer les personnes en situation de handicap, les personnes âgées et les plus vulnérables. Le nombre croissant de familles démunies dormant dans les rues en ces temps glacials souligne l’absence de politiques sociales efficaces.
Le tissu associatif, quant à lui, manque de soutien, de financement et de transparence. La pauvreté, nourrie par le chômage et le manque d’opportunités, devient un terreau propice à des dérives graves comme le tourisme sexuel, auquel la municipalité semble fermer les yeux. La ville a perdu ses cinémas ; son théâtre national, pourtant rénové à grands frais, reste dépourvu de direction et d’une programmation digne de ce nom. La Cité portugaise, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, manque de considération et d’entretien. La citerne est fermée pour rénovation depuis plus d’un lustre.
Jeunes diplômés sans perspectives, absence d’infrastructures pour l’enfance, loisirs inexistants… Le tableau est sombre. La sécurité des piétons est négligée et le code de la route ignoré.
Certains diront : « C’est le Maroc ! » Mais les exemples d’Essaouira, Marrakech, Tétouan, Tanger, Asilah ou Chefchaouen prouvent que la compétence existe bel et bien, et qu’il est possible de concilier tradition, développement et attractivité.
Ce que réclament les citoyens d’El-Jadida n’a rien d’extravagant. Ils souhaitent une politique urbaine digne de ce nom, reposant sur cinq principes essentiels : transparence, professionnalisme, efficacité, organisation et concertation.
Ils demandent une gestion claire, où les décisions budgétaires sont connues et partagées. Ils ne réclament pas des projets pharaoniques, mais des aménagements réfléchis, cohérents et respectueux de l’environnement. Ils exigent la préservation des richesses culturelles, économiques et touristiques, sources d’avenir irremplaçables pour la ville.
Les Mazaganais ont ouvert leur cœur et livré leurs vérités.
Reste une question cruciale : y a-t-il, quelque part, un responsable capable de porter ce combat, de prendre les décisions courageuses et justes, et de redonner à El-Jadida ce qu’elle mérite : son éclat, sa dignité et l’espoir de ses habitants ?
Abdellah Hanbali
