Conférence de Mustapha Jmahri sur le patrimoine maritime d’El-Jadida

Dans le cadre du programme d’appui à la recherche scientifique Progres-UCD-2024, l’Université Chouaib Doukkali à El Jadida a organisé les 25 et 26 décembre 2025 un colloque international sur le thème : « Réinvention et valorisation du patrimoine matériel et immatériel : quelles dynamiques économiques, linguistiques et culturelles, pour quel développement territorial et quelles transformations sociales ? ».
Invité à y participer, Mustapha Jmahri a donné à cette occasion une conférence sur « Le patrimoine maritime d’El Jadida, richesses, contraintes et perspectives ». La professeure Sara Outamamat, de l’université Chouaib Doukkali, assura la modération.


Au début de son intervention, le conférencier fit remarquer que l’ouverture de la ville à l’océan n’est pas que géographique mais aussi culturelle. Cette ouverture, dit-il, a eu un impact décisif sur la culture de la cité. En effet, cette ville a constitué un véritable laboratoire de la modernité : c’est à El Jadida qu’ont vu le jour la première poste privée au Maroc, la première salle couverte, la première troupe de théâtre amateur, la première expérience marocaine des défilés de majorettes, ainsi que la première initiative de collecte des algues. Toutefois, certains éléments de ce riche patrimoine immatériel ont aujourd’hui disparu sous l’effet de facteurs socio-culturels.
Selon Mustapha Jmahri, le patrimoine maritime subit d’énormes contraintes. La forteresse portugaise vit une détérioration ainsi que sa zone tampon. La citerne manuéline attend sa restauration. Le centre dit historique croule sous la prolétarisation. L’hôtel Marhaba, au style paquebot, est en ruines, le phare Sidi Bouafi, autre patrimoine marin, n’est pas accessible au public. Ensuite, ajoute l’intervenant, depuis 2004, date de l’inscription de la forteresse portugaise au patrimoine mondial, le comité de gestion n’est toujours pas créé.
Le conférencier nota également que la fin des exportations agricoles par le port sonna la fin de l’activité des entrepôts d’El-Héria spécialisés, entre autres, dans le commerce des œufs grandement prisés par les marchés européens. Tout un savoir lié au traitement des œufs a disparu. De ces entrepôts, symboles de la fortune de la ville, il ne reste que quelques vestiges.
Ce qui frappe aussi l’observateur, ajoute l’intervenant, c’est le constat que le cachet maritime de la ville n’est pas sérieusement pris en compte par les gestionnaires locaux en matière d’aménagement et d’urbanisme : des anciens immeubles qui faisaient face au port il ne reste que peu de choses. L’histoire du quartier portuaire est faite de destructions : cas des trois immeubles des consuls d’Angleterre, d’Italie et de France, de l’ancien bureau de la CTM condamné, de la pâtisserie Royale créée en 1924, des cabines de la plage détruites pour ouvrir une route côtière, des entrepôts d’el-Héria et de l’hôtel de France en ruines.
Le front de mer, patrimoine social et culturel, a perdu ces dernières décennies de son empreinte maritime, surtout avec l’encombrement humain et urbanistique. Quant à l’activité touristique du port, elle est quasi inexistante, ajoute-t-il. Alors qu’il y a la possibilité de sorties en mer avec des pêcheurs, chose qui se fait dans de nombreux ports européens. Des visites guidées du port et de la criée pourraient également être organisées. Les groupes de touristes de passage à la forteresse portugaise n’y trouvent ni guide agréé, ni guichet d’information, ni plan, ni prospectus alors que leur visite profite financièrement à la ville tout entière. Un centre d’interprétation du patrimoine manque malgré la disponibilité des locaux.
Sur le plan éditorial, les études sur le patrimoine maritime, matériel et immatériel, sont rares, sinon même inexistantes, à l’exception de quelques travaux de deux ou trois chercheurs indépendants réalisés sans aucun soutien public.
À la fin de la conférence, un riche échange eut lieu entre l’intervenant et l’assistance.
Envoi M. B.

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