Au Maroc, dès qu’on prononce le mot piratage, beaucoup imaginent des CD gravés vendus à la sauvette. Pourtant, le plus grand piratage du chaâbi ne se joue pas dans la rue… mais sur scène. Car soyons clairs : une large majorité de nos « stars » du chaâbi ne possède pas même une seule chanson originale. Pas une. Toute leur carrière n’est qu’un recyclage permanent des œuvres des autres. Ils reprennent, réenregistrent, s’approprient, sans gêne, sans autorisation, sans la moindre pudeur artistique…Et après cela, ils osent parler de piratage ?
Cette attitude gangrène la création plus sûrement que n’importe quel CD contrefait. ☆ Comment espérer une scène vivante quand les prédateurs se jettent sur la moindre nouveauté pour la maquiller en « interprétation personnelle » ?
☆ Comment encourager les auteurs à créer quand ils savent que d’autres attendent, tapis, la fin de leur travail pour le voler au grand jour ?
Ironie suprême : ce sont ces mêmes faux créateurs qui réclament aujourd’hui des lois plus dures contre… les pirates. Sont- ils aveugles, ou complices de leur propre imposture? Car le jour où la loi protégera enfin les vrais créateurs, une bonne partie de nos vedettes télévisuelles disparaîtra du circuit. Et ce ne sera pas une perte.
Heureusement, il existe encore des artistes qui créent vraiment. Des artisans du verbe et du rythme : la regrettée Fatna Bent El Houcine, auteure de véritables monuments, et Stati, qui signe encore des titres personnels devenus références.
Deux artistes d’Abda-Doukkala qui ont choisi la voie la plus rare : celle du talent et du travail, pas celle du pillage élégant.
En attendant que la scène se purge, il faut bien le dire : dans le chaâbi, les plus grands pirates ne sont pas dans la rue. Ils sont au micro.
Abdellah Hanbali
