À El-Jadida, une scène de plus en plus fréquente frappe les clients de plusieurs boulangeries : le pain de base, vendu à 1,20 dirham, a mystérieusement disparu des étals. Celui que l’on surnomme le « pain du peuple », sobre, simple et accessible, se fait rare.
Derrière cette absence se cache une réalité économique peu reluisante. Les boulangers, estimant leur marge bénéficiaire trop faible sur ce produit, préfèrent le retirer de la vente plutôt que d’assumer sa fabrication. En lieu et place, on retrouve du pain à 3, 4 voire 5 dirhams, parfois davantage, que tous ne peuvent pas se permettre. Résultat : les familles les plus modestes sont contraintes de payer plusieurs fois le prix initial pour un produit de première nécessité.
Quelques boulangeries de quartiers populaires continuent, elles, de proposer ce pain, » parisienne », » viennoise »… preuve qu’il est possible de le produire sans pénaliser le consommateur. Mais ces exemples sont rares, tant la logique du profit semble désormais primer sur toute autre considération.
Face à cette dérive, la responsabilité incombe aussi aux autorités de contrôle. Les services compétents devraient non seulement effectuer des tournées régulières, mais également rappeler aux boulangers leurs obligations sociales. Si certains continuent à ignorer la demande, il devient nécessaire d’envisager des sanctions dissuasives.
Car au fond, la question est simple : comment un pays peut-il tolérer que le pain le plus basique, celui censé garantir un minimum alimentaire, soit sacrifié sur l’autel de la rentabilité ?
Le silence des autorités, combiné à l’opportunisme de certains commerçants, fait peser une lourde charge sur les ménages précaires. Tout le contraire de la politique sociale que l’État prétend défendre.
Abdellah Hanbali
