250 dirhams par jour de liberté : un jugement alternatif qui interroge

Le tribunal de première instance d’El Jadida a inauguré, le 1er septembre 2025, l’application de la loi sur les sanctions alternatives. Deux vendeurs de glaces, interpellés durant le Moussem de Moulay Abdellah, ont vu leur peine d’emprisonnement convertie en amende : 250 dirhams pour chaque jour de prison initialement prévu.

Une décision innovante, certes, mais qui laisse un goût amer. Car derrière ce verdict, une évidence s’impose : si ces deux marchands se retrouvent aujourd’hui condamnés, combien d’autres continuent, en toute impunité, de bafouer les règles élémentaires d’hygiène et de sécurité alimentaire ?

Il suffisait, chaque soir, de faire un tour au Mahrek du Moussem pour mesurer l’ampleur du problème. « Jus », gâteaux, « jabane »…recouverts de poussière, têtes de moutons rôties dont nul ne sait d’où elles viennent ni combien de jours elles stagnent à l’air libre, aliments manipulés à mains nues, sans gants ni contrôle sanitaire. La liste est interminable. Et pourtant, combien d’opérations de saisie ont réellement été menées ? Trop peu, à en juger par la réalité du terrain.

En choisissant deux vendeurs de glaces pour donner un signal fort, la justice frappe, mais de manière sélective. Pourquoi eux, et pas les dizaines voire les centaines d’autres qui, sous les yeux des autorités dites “d’hygiène”, poursuivent leur commerce comme si de rien n’était ? Si la loi devait être appliquée avec la même rigueur à tous, c’est la quasi-totalité des marchands de ce Moussem qui devrait comparaître.

Aujourd’hui, deux vendeurs servent d’exemple. Demain, qui sera désigné ?
Et surtout, quand passera-t-on d’une justice d’exemple, spectaculaire mais isolée, à une véritable politique cohérente de protection du consommateur, équitable et systématique ?

Abdellah Hanbali

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