Azzeddine Amanallah, l’élégance d’un numéro 10 éternel


Il y a des joueurs dont le talent dépasse les statistiques, des artistes dont le souvenir s’accroche aux émotions bien plus qu’aux palmarès. Azzeddine Amanallah est de ceux-là. Un numéro 10 comme on n’en fabrique plus, un esthète du ballon rond, dont chaque prise de balle semblait suspendre le temps.
Au Difaâ, il n’était pas seulement un joueur. Il était une signature, une manière de jouer, une promesse de beauté. Ceux qui ont eu le privilège de le voir évoluer gardent en mémoire cette élégance rare, cette aisance presque insolente, ce sens du jeu qui relevait davantage de l’instinct que de l’apprentissage.
Mais le destin d’Amanallah s’est écrit dans une époque qui ne faisait pas toujours de cadeaux aux artistes. Avant l’arrêt Arrêt Bosman, les frontières du football européen étaient étroites, presque hermétiques. Partir tenter sa chance relevait du défi, voire de l’utopie. Lui n’a pas attendu qu’on lui ouvre la porte : il l’a forcée, avec audace et détermination.
À 28 ans, quand d’autres commencent à douter, il prend seul la route de Racing Besançon, ses rêves dans un sac et ses exploits sur quelques cassettes. Une démarche presque naïve, mais terriblement courageuse. Et comme souvent avec les grands talents, il n’a pas fallu longtemps pour convaincre et s’imposer loin de ses bases.
Et pourtant… une question persiste, lancinante : Amanallah a-t-il reçu tout ce qu’il méritait ?
À 34 ans, aux portes de Olympique de Marseille version Bernard Tapie, le rêve d’une consécration européenne s’efface pour une question d’âge. Une décision logique pour certains, cruelle pour d’autres. Car le talent, lui, n’avait pas pris une ride.
Était-il en avance sur son temps ? Probablement. Dans un football encore rigide, il incarnait déjà une liberté de création, une intelligence de jeu et une finesse technique qui correspondent davantage aux exigences du football moderne. Amanallah jouait juste, mais surtout, il jouait beau.
Au-delà du joueur, il y a aussi l’homme de savoir. Parmi les premiers de sa génération à obtenir le diplôme d’entraîneur de la Fédération Française de Football, il a su prolonger sa vision du jeu depuis le banc, fidèle à cette idée simple : le football n’a de sens que lorsqu’il procure du plaisir.
Aujourd’hui encore, son nom circule comme une légende murmurée. Peut-être n’a-t-il pas tout eu. Peut-être que le football ne lui a pas rendu à la hauteur de ce qu’il lui a offert. Mais une chose est sûre : ceux qui l’ont vu jouer n’ont rien oublié.
Car certains joueurs marquent des buts.
D’autres marquent l’histoire.
Azzeddine Amanallah, lui, a marqué les cœurs.

Abdellah Hanbali

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