Chronique de Mustapha Jmahri : Le Conseil Provincial de Tourisme d’El Jadida à l’épreuve du terrain

J’ai lu sur la page Facebook du Conseil provincial de Tourisme d’El Jadida (CPT) en date du 30 mars 2026 un compte-rendu relatant la participation du CPT d’El Jadida au Festival Tipicità à Fermo, en Italie, qui s’est tenu du 6 au 8 mars 2026. Selon le compte-rendu, cette participation a constitué une occasion privilégiée de promouvoir les riches atouts de la province à travers un stand dédié, équipé de divers supports de communication (brochures, affiches et dépliants), attirant ainsi l’attention des visiteurs et des professionnels du secteur.
Cependant, d’un point de vue concret, on constate qu’aujourd’hui, le tourisme ne peut réussir sans la contribution active de l’histoire locale et des acteurs qui militent pour faire connaître leur terroir. À cet égard, on peut se demander si le Conseil s’est un jour appuyé, entre autres, sur les études menées par les historiens locaux. Ces derniers pourraient pourtant apporter une valeur ajoutée aux volets touristique, scientifique et pédagogique du territoire.
Dans mon article intitulé « Rôle des historiens locaux dans la réussite de la régionalisation avancée », publié sur Quid.ma le 23 décembre 2024, je soulignais déjà que les historiens locaux au Maroc militent, avec leurs propres moyens et leur connaissance du terrain, pour mettre en valeur les potentialités de leur terroir. Leur but est de fournir une matière historique et patrimoniale capable d’enrichir des itinéraires de visite, des parcours de découverte ou des guides touristiques, créant ainsi un lien fort avec la ville et suscitant des envies de voyage. Il ne faut pas perdre de vue que l’historien local peut jouer, indirectement, le rôle d’influenceur voyage, selon la terminologie d’Eugénie Pereira Couttolenc, spécialiste en analyse du discours. Ces idées ne sont pas des paroles en l’air, mais des messages destinés à nourrir des actions concrètes en faveur du rayonnement de la province.
Il convient de regretter aussi l’absence d’artisans au sein de la délégation. Si des produits locaux ont effectivement été exposés, la présence physique d’artisans ou de chefs cuisiniers aurait suscité un impact bien plus significatif lors d’un tel festival.
De même, au-delà des simples dépliants promotionnels, on est en droit de se demander si les supports présentés à Fermo incluaient des ouvrages ou des publications signés par les écrivains et historiens de la province. Ne pas exposer la richesse éditoriale d’El Jadida lors d’un tel rendez-vous international serait une occasion manquée de valoriser pleinement l’identité de la cité. Un livre d’histoire, un recueil de recherches archéologiques ou une œuvre littéraire locale sont bien plus que de simples objets : ce sont des preuves tangibles de la vitalité intellectuelle de notre province.
À notre humble avis, il est impératif de remédier d’abord aux carences du tourisme local avant de lancer de telles initiatives. J’ai consacré un article à ce sujet sur le site Quid.ma, intitulé « Le tourisme à El Jadida : la fragilité d’un secteur pourtant prometteur » (8 avril 2025), où je dressais un état des lieux. Malgré son riche patrimoine historique et naturel, El Jadida peine à s’imposer comme destination majeure. Entre manque d’entretien, absence d’animation culturelle et infrastructures sous-exploitées, la ville attend toujours le déclic pour révéler son véritable potentiel.
Le décollage durable du tourisme à El Jadida ne pourra se faire par une simple promotion institutionnelle déconnectée de la réalité du terrain. Le tourisme de demain à El Jadida exige une intelligence partagée qui valorise chaque savoir-faire, du tisserand de la médina au chercheur en archives, pour offrir une expérience authentique à ceux qui découvrent notre province.

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One Thought to “Chronique de Mustapha Jmahri : Le Conseil Provincial de Tourisme d’El Jadida à l’épreuve du terrain”

  1. Alain

    Qu’est-on allé vanter en Italie ? La cité portugaise dégradée et sans entretien ? La citerne portugaise fermée au public depuis tant d’années ? La kasbah de Boulaouane dégradée et ses nids de poule qu’il faut éviter sans quoi on y laisse les amortisseurs de sa voiture ? Le tourisme provincial nécessite autre chose que de simples participations à des manifestations internationales avec seulement des dépliants promotionnels.

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