Dans les ruelles de Lqalâa, à El Jadida, un surnom peut parfois raconter toute une vie. Celui de “Ch’rif”, d’abord porté par le père, s’est transmis presque naturellement au fils ainé, Mustapha Fatoui.
Très tôt, le gamin du quartier n’était plus appelé par son prénom, mais par cette filiation affective : “Oueld Ch’rif”. Une identité forgée dans la proximité, l’estime et la mémoire collective.
Puis le destin s’en mêle. Après la disparition du père, et tandis que le jeune Mustapha s’affirme sur les terrains poussiéreux du stade municipal, sous la houlette de l’entraîneur DIDI, “Oueld Ch’rif” devient tout simplement “Ch’rif”. Un nom qui claque, qui court, qui déborde… comme lui sur son aile droite.
Avec les années, Mustapha Fatoui s’impose comme une figure majeure du football marocain. Une légende, forgée dans l’effort et le talent, qui franchira les frontières pour rayonner à l’échelle du continent africain. Il ne lui aura manqué qu’un Ballon d’Or africain pour couronner une carrière déjà immense.
Aux côtés d’Ahmed Magrouh, dit “Baba”, il formait un duo redoutable, un tandem d’exception qui a marqué toute une génération. Ensemble, ils furent les artisans de l’épopée de 1976, immortalisée par le sacre du Maroc lors de la Coupe d’Afrique des nations 1976, un exploit historique, encore unique à ce jour ( En atrendant le verdict du TAS et la confirmation du deuxième sacre)
Crinière au vent, foulée ample, Ch’rif incarnait la fougue et l’élégance. Sur son flanc droit, cet étalon semait le trouble, renversait les défenses et portait haut les couleurs nationales. Doukkali pur jus, il était plus qu’un joueur : un symbole. Un véritable Lion de l’Atlas, sans doute l’un des rares à avoir incarné ce surnom avec une telle justesse.
Les années passent, inéluctablement. Même les lions finissent par ralentir, parfois vaciller. Et actuellement, les pensées se tournent naturellement vers ceux qui ont tant donné.
Ch’rif, tu restes cette étoile qui éclaire encore la mémoire des supporters du DHJ et de toute une nation. Une fierté, une histoire, une émotion intacte.
Parce que certaines légendes ne vieillissent jamais vraiment, en depit des maladies et des années qui passent.
Prompt rétablissement à notre Lion.
Abdellah Hanbali
