Il y a des fissures que l’on voit sur les murs. Et d’autres, beaucoup plus profondes, qui apparaissent dans une société lorsque son école publique commence à se déliter sous les yeux de tous.
Au collège Sidi Mohammed Ben Abdellah à El Jadida, la Fédération des associations de parents d’élèves tire une nouvelle fois la sonnette d’alarme. Le tableau qu’elle dresse est préoccupant : bâtiments vétustes, plafonds fissurés, chutes de morceaux de béton, infiltrations massives d’eaux pluviales, réseaux sanitaires dégradés et obstrués, portes et fenêtres en bois rongées par le temps et devenues, selon les témoignages recueillis, préoccupantes pour la sécurité de l’établissement.
À chaque pluie, certaines salles seraient ainsi transformées en espaces où l’on tente tant bien que mal de poursuivre les cours. L’eau s’infiltre là où devrait régner le silence studieux d’une salle de classe. Les murs vieillissent, les installations se dégradent et, pendant ce temps, les élèves continuent d’apprendre.
Si ces faits sont confirmés par une expertise technique, la situation serait tout simplement catastrophique.
Car il ne s’agirait plus seulement de quelques travaux d’entretien oubliés ou d’un établissement ayant besoin d’une rénovation. Ce serait le signe visible d’un abandon beaucoup plus inquiétant : celui d’une école publique à laquelle on demande de tenir debout avec des moyens qui, eux, semblent avoir depuis longtemps cessé de suivre.
Plus troublant encore, la Fédération affirme que ces dysfonctionnements auraient déjà été signalés à plusieurs reprises aux autorités compétentes, par le biais de correspondances successives, sans qu’une intervention concrète n’ait été constatée.
Alors une question finit forcément par s’imposer : combien faudra-t-il encore de fissures, d’infiltrations, de plafonds dégradés et de bâtiments vieillissants pour que l’on considère enfin la situation comme urgente ?
L’école n’est pourtant pas un bâtiment comme les autres.
C’est là que se construit une génération. Là que des enfants viennent apprendre à lire le monde, à comprendre leur pays et à rêver leur avenir. Elle devrait être l’un des lieux les mieux entretenus de la cité, celui où l’on transmet l’espoir plutôt que celui où l’on apprend, malgré soi, les leçons du délabrement.
Le cas du collège Sidi Mohammed Ben Abdellah, s’il venait à être confirmé, serait alors bien plus qu’un simple fait divers scolaire. Il viendrait nourrir une inquiétude que beaucoup expriment déjà : celle d’un enterrement lent, silencieux et presque programmé de l’enseignement public.
Un enterrement sans cercueil, sans cérémonie et sans discours.
Un peu de peinture ici, une réparation provisoire là, quelques promesses ailleurs… puis le temps passe. Les générations se succèdent. Les murs vieillissent davantage. Et l’on finit par considérer l’anormal comme une fatalité.
La Fédération des associations de parents d’élèves réclame aujourd’hui une intervention urgente de la Direction provinciale de l’Éducation nationale à El Jadida, ainsi que l’envoi d’une commission technique chargée d’établir un constat objectif, d’évaluer les dégâts et de vérifier si les salles utilisées quotidiennement par les élèves répondent réellement aux normes de sécurité.
Il ne s’agit pas de demander le luxe. Il s’agit simplement de demander une école sûre.
Et si les alertes lancées par les parents se vérifient, alors le véritable scandale ne sera peut-être pas seulement l’état de ce collège.
Ce sera d’avoir laissé une école publique se fissurer aussi longtemps sans entendre le bruit de ses murs.
Abdellah Hanbali
نSidi Mohammed Ben Abdellah : les murs de l’école publique crient à l’abandon
