Le Môle, là où le temps s’arrête

On peut bien aller se baigner où l’on veut. Les plages magnifiques ne manquent ni dans notre région ni ailleurs au Maroc. Pourtant, il est un lieu qui échappe à toute comparaison : le Môle.
Pour les Jdidis, il n’est pas un simple bassin tourné vers l’océan. Il est un sanctuaire, un refuge, une part de notre âme. Notre Mecque à nous.
Ici, des générations entières ont apprivoisé la mer. Des milliers d’enfants y ont appris à nager, à défier les vagues et à dompter leurs peurs. Que de champions anonymes sont nés entre ces pierres battues par l’Atlantique ! On ne peut s’empêcher de penser à tous ces talents que l’absence d’un véritable club de natation a laissés s’évanouir dans l’écume du temps.
Mais la plus belle richesse du Môle n’est ni son eau limpide ni ses plongeons spectaculaires. Elle est ailleurs. Elle vit dans les retrouvailles. Car été comme hiver, les mêmes visages reviennent, un peu plus marqués par les années, mais toujours illuminés par la même joie.
Ceux qui, hier encore, étaient des gamins insouciants arrivent désormais avec leurs enfants, parfois même avec leurs petits-enfants, perpétuant un rituel que le temps n’a jamais réussi à briser.
Au Môle, les décennies s’effacent. Les cheveux blanchissent, mais les cœurs retrouvent leur jeunesse. Les surnoms ressurgissent, les souvenirs remontent à la surface, les anecdotes s’enchaînent dans un éclat de rire qui couvre presque le bruit des vagues. On ne s’y retrouve pas seulement entre amis ; on s’y retrouve avec une partie de sa vie.
Faire un détour par le Bassin, c’est offrir un peu d’oxygène à son corps, mais surtout beaucoup de lumière à son cœur. C’est retrouver ces frères que la vie avait dispersés sans jamais les séparer vraiment. C’est se rappeler qu’il existe des lieux où l’amitié vieillit sans jamais perdre sa fraîcheur.
Longue vie à ces fraternités nées au bord de l’eau, à ces hommes qui continuent de faire vivre l’esprit du Môle avec la même simplicité et la même fidélité. Et qu’Allah protège ce Bassin unique, ce coin de paradis suspendu entre ciel et océan, où El Jadida conserve précieusement ses plus beaux souvenirs et où chaque vague vient murmurer que certaines histoires ne meurent jamais.
Abdellah Hanbali

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