La convocation du conseil d’administration de l’ancienne société de gestion de la gare routière d’El Jadida, prévue le 1er octobre 2025, soulève de vives interrogations. Plus de deux ans après la construction de cette infrastructure, son ouverture se heurte toujours à des blocages juridiques et institutionnels qui laissent les voyageurs dans l’attente.
En effet, la création de la Société locale de développement (SLD) devait clore définitivement le dossier : elle bénéficie d’un cadre légal clair, d’une personnalité morale et d’une autonomie financière, conformément à la loi organique sur les communes. En théorie, elle seule détient aujourd’hui la légitimité pour gérer la gare routière. Pourtant, l’ancienne société continue d’agir comme si rien n’avait changé, convoquant ses instances, discutant de contrats de gestion ou encore de nominations de responsables. Des décisions qui, aux yeux de la loi, sont dépourvues de fondement et donc susceptibles d’être annulées en justice.
Cette confusion, révélatrice d’un chevauchement des compétences et d’un manque flagrant de coordination, traduit surtout un immobilisme administratif incompréhensible. La loi est claire : la nouvelle société doit assurer la gestion. Alors pourquoi ce feuilleton perdure-t-il ? Pourquoi les autorités de tutelle n’interviennent-elles pas avec fermeté pour trancher et faire appliquer la légalité ?
Au-delà des querelles de gouvernance, ce retard est lourd de conséquences. Des millions ont été investis dans une gare moderne, mais les voyageurs continuent de subir l’ancienne infrastructure vétuste et désordonnée. À force d’atermoiements, c’est l’image même de la ville qui se dégrade, donnant l’impression d’un équipement public paralysé par des batailles bureaucratiques plutôt que mis au service des citoyens.
Il est urgent que le ministère de l’Intérieur, via le gouverneur de la province, joue pleinement son rôle de garant de la légalité et impose le passage de relais à la nouvelle société. Tant que la situation n’est pas clarifiée, la gare restera une coquille vide, symbole d’un décalage criant entre les ambitions affichées et la réalité du terrain.
À El Jadida, la gare routière attend toujours ses voyageurs. Et avec elle, une population qui ne comprend plus pourquoi une infrastructure prête à l’usage demeure close, piégée dans les méandres d’une gouvernance hésitante.
Abdellah Hanbali
