Derrière chaque surnom se cache une histoire, souvent légère, parfois profonde, mais toujours révélatrice d’un moment de vie. Pour Ahmed Magrouh, dit Baba, ce nom de scène footballistique est né d’un après-midi d’insouciance, entre sable, ballon rond et éclats de jeunesse.
« Un jour, avec quelques amis de notre quartier de Derb Ben Driss, nous avions regardé un match de coupe du monde ayant opposé le Brésil au Portugal. Un joueur brésilien, Vavá, avait brillé ce jour-là. Le lendemain, nous disputions un grand match à la plage. J’évoluais alors en avant-centre et, sur une action, j’ai dribblé presque toute la défense adverse avant de servir un coéquipier qui marqua un but splendide. Dans l’euphorie, il s’est mis à me crier : Vavá, Vavá ! » raconte-t-il, les yeux illuminés par ce souvenir figé dans le temps.
Le cri de l’ami devint un écho dans le quartier. Très vite, Vavá s’imposa comme un sobriquet familier. Puis, par la magie des accents populaires, des rires complices et de l’usure des jours, le V se transforma en B. Ainsi naquit Baba, un surnom qui, des décennies plus tard, colle encore à la peau d’Ahmed Magrouh comme une seconde identité.
Mais la jeunesse a ceci de beau qu’elle évolue, et les promesses de l’attaque se sont muées en élégance défensive. Comment ce buteur fougueux est-il devenu un roc, un numéro 4 ?
Là encore, le destin se mêla d’un coup de main. « C’est Paul Orotz, qui en me voyant jouer avec les jeunes, m’a appelé avec l’équipe A. Il m’a dit : Petit, c’est dans ce nouveau poste que tu donneras le plus. » Et l’avenir lui donna raison.
Ce glissement du poste d’avant-centre à celui de défenseur central ne fut pas une perte, mais une métamorphose. Le panache offensif s’était transformé en assurance défensive, la fougue en lecture du jeu, et la grâce du geste en rigueur élégante.
Aujourd’hui, quand Ssi Ahmed Magrouh replonge dans ses souvenirs, ce n’est pas seulement un nom, ni un numéro, qu’il évoque. C’est toute une époque qui refait surface : celle des plages de Mazagan, des matches improvisés, des cris d’enfants et des rêves de gloire qui, parfois, se réalisaient dans la lumière des stades.
Abdellah Hanbali
