Chronique de Mustapha Jmahri : Sauver Sidi Mesbah

Le littoral du Cap Spartel à Essaouira ne compte pas moins de 17 phares dont cinq situés dans la province d’El Jadida. Ils répondent au nom de : Sidi Bouafi, Sidi Daoui, Sidi Mesbah, Sidi Boubker (à 7 km d’Azemmour) et Cap Blanc (Jorf Lasfar).
Les trois premiers sont tous consacrés au balisage de la rade d’El Jadida. Mais le phare de Sidi Mesbah, à 4 kilomètres du centre-ville, n’est aujourd’hui qu’un doux souvenir de notre jeunesse. Le site est presque en état d’abandon. En 2021, le phare s’est éteint, ayant perdu sa magnifique lentille dans des circonstances méconnues. Seule reste aujourd’hui la structure métallique qui portait les plaques solaires.
Situé sur le cap Haouzia à l’entrée d’El Jadida, ce phare a été construit entre 1914 et 1916. Sa construction a été programmée, avec celle du nouveau port à barcasses d’El Jadida depuis 1909. L’adjudication des travaux de la tour et des bâtiments du feu de direction a eu lieu en septembre 1915, mais son feu d’alignement n’a été fonctionnel qu’en 1919. Il s’agit d’un feu de direction pour le mouillage dans la baie et pour avertir des dangers des hauts fonds du cap de Mazagan qui se prolonge sous la mer sur plusieurs centaines de mètres.
Le phare Sidi Mesbah fut dédié au balisage de nuit des accès de la rade. Selon le fascicule intitulé « Le port de Mazagan » publié par la Chambre mixte d’Agriculture et de Commerce (page 15, s.d) : « Le balisage est réalisé par un feu fixe à occultations groupées par deux toutes les 8 secondes, et à des secteurs blancs et rouge. Le secteur rouge couvre l’épi sous-marin de Mazagan, sa portée géographique est de 14 milles et la hauteur du feu au-dessus du niveau moyen est de 52 mètres ». Le phare comporte une tour carrée avec galerie et petite lanterne, de 18 mètres de haut. Peint en blanc, et la galerie et lanterne en vert, il émettait, à une hauteur focale de 50 mètres, un éclat alternativement blanc et rouge toutes les six secondes. Toujours est-il qu’au début du XXIe siècle le feu de la lanterne a été alimenté par des plaques solaires.
Le site du phare disposait aussi d’une maison pour le gardien et d’un puits. Derrière la maison du gardien, au-delà de la clôture, se trouvait un abri construit en pierre, aujourd’hui délabré. Le tombeau du saint Sidi Mesbah n’est pas visible dans l’entourage immédiat du phare car il en est quelque peu éloigné.
Gérard Rontard, un ancien de Mazagan, raconte qu’en 1948, son père Louis était gardien du phare Sidi Mesbah. La famille vivait dans son enceinte à côté d’une deuxième famille d’un ouvrier marocain qui logeait sur place. Le travail de son père, dit-il, consistait en une surveillance permanente du phare et notamment l’entretien de la lentille et des différentes pièces nécessitant un nettoyage quotidien et la surveillance du groupe électrogène et des batteries. En cette année-là, leur voisin était la famille Perret dont le père travaillait au pénitencier agricole de l’Adir tout proche (in : El Jadida, fragments de vie, 2020).
Le site ElJadida24 du 11 octobre 2020 avait signalé que la majorité des équipements du phare ont fait l’objet de dégâts. L’année suivante, le journal L’Opinion du 18 décembre 2021 informa que le phare avait perdu, dans des circonstances indéterminées, sa magnifique lentille. Des inconnus l’avaient dépouillé de ses verreries.
Le cas du phare de Sidi Mesbah, aujourd’hui hors d’activité, est emblématique de cette transition mondiale où la technologie (GPS, radars) rend obsolètes des sentinelles qui ont pourtant veillé sur les côtes pendant des décennies.
Réhabiliter cet édifice en tant que ressource architecturale et touristique, permettrait non seulement de sauver des pierres, mais de redynamiser toute l’identité culturelle et économique de la région.
Jmahrim()yahoo.fr

Related posts

Leave a Comment