Chronique de Mustapha Jmahri : Le capitaine Béllicard a-t-il réalisé le plan de Mazagan ?

Jean-Baptiste Claude Béllicard, plus connu sous le nom de Jérôme-Charles Béllicard (né à Paris le 21 février 1726 – décédé à Paris le 27 février 1786), fut un architecte, graveur et théoricien français du XVIIIᵉ siècle. Sur Wikipédia, Jérôme-Charles apparait mais pas Jean-Baptiste. Lauréat du Grand Prix de Rome, il participa à la redécouverte des antiquités d’Herculanum en Italie et enseigna à l’Académie d’architecture de Paris. Son œuvre relie l’érudition archéologique et la diffusion du goût néoclassique.
Formé à l’Académie d’architecture, il y a exercé comme professeur de 1762 à 1789. Il était également pensionnaire à l’Académie de France à Rome et a écrit une œuvre majeure intitulée : Observations sur les antiquités d’Herculanum (1754, avec C.-N. Cochin). Dessinateur doué, Béllicard documenta les ruines d’Herculanum et de Naples, contribuant à faire connaître ces sites. De nombreux architectes et collectionneurs ont utilisé ses illustrations et gravures comme référence.
Béllicard laissa une empreinte durable dans la culture visuelle du XVIIIᵉ siècle grâce à sa synthèse entre l’étude savante de l’Antiquité et la pratique architecturale moderne. Ses carnets de voyage et ses dessins, conservés à la Bibliothèque nationale et à l’INHA (Institut national d’histoire de l’art), demeurent des sources précieuses pour l’histoire du Grand Tour (voyage initiatique et éducatif à travers l’Europe) et du néoclassicisme français.

Le plan controversé
En 1757, Béllicard réalisa (sans certitude) le Plan de la forteresse de la place de Mazagan, mais, il existe une grande controverse à ce sujet. En effet, en mai de cette année, un « plan de la place de la forteresse de Mazagan » fut « envoyé à M de Moras par un Français, soldat de la garnison portugaise de Mazagan ». François Marie Peyrenc de Moras, destinataire de l’envoi, était un haut fonctionnaire et homme politique français (1718-1771). Ce plan est conservé à la Bibliothèque nationale de France (BnF) à Paris sous la référence GE SH 18 PF110 DIV 3 P 24 D avec la date d’édition de 1753. À la BnF, il n’y aucune référence à Béllicard.
Cependant le plan est attribué à Béllicard par une autre référence. Effectivement, on retrouve ce plan cité dans un article en anglais « Military borders, political frontiers : settling the Portuguese urban space in North Africa » que l’on peut traduire par « Frontières militaires, frontières politiques : l’implantation de l’espace urbain portugais en Afrique du Nord » de l’universitaire portugais Jorge Correia, paru dans le magazine italien « Studi e ricerche di storia dell’Architecttura (Revue de l’Association italienne de l’architecture, numéro 7- 2020). Ce plan est présenté à la page 45 avec comme légende « Jean-Baptiste Claude Belicard, Plan de la forteresse de la place de Mazagan ; 1757 (Bibliothèque Nationale de France, Paris – Servicio Histórico Militar [SHM], Madrid, P110, D3, 24D) ». Il est donc attribué par l’auteur à Jean-Baptiste Claude Béllicard mais dans l’inventaire du SHM de Madrid, son nom est référencé avec un point d’interrogation et il reste donc une incertitude.
Contacté par nos soins, Jorge Correia affirme que : « ce plan a, peut-être, été envoyé à Paris par le capitaine Jean-Baptiste Claude Béllicard ? BnF – SHM, P110, D3, 24D) (courriel du 9 février 2026).
Pour l’historien Laurent Vidal, il est plutôt catégorique. D’après lui, « associer ce document à Béllicard pourrait être une erreur d’attribution, car apparemment, il ne serait jamais allé au Maroc ». Ses voyages connus se concentrent essentiellement sur l’Europe et, dans ces biographies, il n’est jamais fait état d’un voyage au Maroc… Mais, il a, sans doute, recopié un plan qui lui est parvenu sous forme de croquis ou un plan plus vieux. Le scénario le plus probable et la pratique de la « mise au propre », car, à l’époque, il était courant que des architectes de renom basés en Europe redessinent des croquis de terrain envoyés par des diplomates, des captifs ou des militaires ayant observé directement les fortifications.
Une autre incertitude : Béllicard a été désigné comme capitaine, bien qu’il ne portât pas ce titre dans l’armée, mais probablement en raison de ses fonctions de contrôleur des bâtiments du roi Louis XV.
Le mystère entourant ce personnage et son plan de Mazagan demeure toujours intact !
Jmahrim()yahoo.fr

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