Par: Abdellah Hanbali
Il y a des villes qui cherchent leur identité. D’autres naissent d’un héritage. El-Jadida, elle, doit son essence même à la majesté de sa cité portugaise, sentinelle de pierre dressée face à l’Atlantique, et aux plages avoisinantes qui ont façonné son histoire, son économie et son imaginaire collectif.
Aujourd’hui encore, le quartier portugais, classé patrimoine mondial par l’UNESCO, demeure l’âme battante d’une ville qui, depuis toujours, charme et éblouit visiteurs et artistes. Ses remparts imposants, ses ruelles chargées d’histoire et sa célèbre citerne ont inspiré écrivains, cinéastes et voyageurs. Ce n’est donc pas un hasard si des productions internationales choisissent régulièrement ce décor unique, récemment encore pour le film Extraction 3 destiné à la plateforme Netflix.
Mais derrière l’image carte postale, la réalité interpelle.
Comment comprendre que la citerne portugaise, joyau architectural et attraction phare, demeure fermée depuis plus d’un lustre ?
Comment accepter que l’entretien global du site soit laissé à la merci du temps et des bonnes volontés, sans stratégie claire ni vision ambitieuse ?
Les élus, les représentants de la délégation de la culture et les autorités locales semblent observer, impuissants, ou indifférents, l’érosion progressive d’un patrimoine qui pourrait être une véritable mine d’or.
Car au-delà de la beauté du lieu, il y a un potentiel immense. Un monument entretenu, valorisé et intelligemment exploité peut générer des emplois, même temporaires, dynamiser le tissu économique local, attirer des flux touristiques constants et inscrire durablement El-Jadida sur la carte des grandes destinations culturelles.
Il peut surtout raconter au monde l’histoire singulière d’une ville née du dialogue entre la pierre portugaise et l’océan atlantique.
Au lieu de cela, le laisser-aller fragilise ce capital historique inestimable. L’inconscience et l’irresponsabilité de certains responsables privent la ville d’un levier de développement évident. Le patrimoine n’est pas une charge : c’est une richesse. Encore faut-il le comprendre.
El-Jadida n’a pas besoin d’inventer son avenir. Elle doit simplement protéger et sublimer ce qu’elle possède déjà : une cité portugaise belle, imposante, unique, et des plages qui, ensemble, ont donné naissance à une ville au potentiel immense. Reste à savoir si ceux qui en ont la charge sauront enfin en être à la hauteur
