Le port de Jorf Lasfar traverse l’une des périodes les plus délicates de son histoire récente. Les conditions météorologiques défavorables, marquées par de forts vents et une mer agitée, ont conduit les autorités portuaires à suspendre à plusieurs reprises l’accostage des navires, une situation connue sous le nom de « consignation ». Une mesure de précaution nécessaire, mais dont les répercussions sur l’activité économique se font lourdement sentir.
Selon des sources concordantes, la durée cumulée de ces suspensions a dépassé un mois, un record à l’échelle nationale pour un port commercial, et bien au-delà du précédent pic enregistré en 2014. Cette paralysie partielle a profondément perturbé le trafic maritime, empêchant de nombreux navires de manœuvrer et d’accéder aux quais, notamment dans le bassin intérieur du port.
Les conséquences se sont rapidement propagées à l’ensemble des chaînes d’approvisionnement. Jorf Lasfar, véritable poumon logistique pour plusieurs filières industrielles, assure l’importation de matières premières essentielles. Leur blocage a entraîné un ralentissement, voire l’arrêt, de nombreuses unités de production, en particulier dans les secteurs dépendant des intrants importés. L’industrie de l’alimentation animale n’a pas été épargnée, avec un impact direct sur les filières de l’élevage et de la production de viandes rouges et blanches, désormais confrontées à des tensions sur l’approvisionnement.
À ces perturbations s’ajoute une flambée des coûts logistiques. Les retards d’accostage génèrent des pénalités financières importantes pour les opérateurs, sous forme de frais de stationnement et de surestaries, grevant les marges et fragilisant davantage les équilibres économiques des entreprises concernées.
Si l’activité n’a pas été totalement à l’arrêt, notamment au niveau des quais du complexe chérifien des phosphates grâce à des équipements adaptés, cette crise met en lumière les limites des infrastructures actuelles face aux aléas climatiques. Elle pose avec acuité la question de la généralisation de dispositifs techniques capables de réduire la vulnérabilité du port et d’assurer la continuité de son activité.
Port stratégique et principale porte d’entrée de nombreuses matières premières, Jorf Lasfar paie aujourd’hui le prix fort des intempéries. Un épisode qui appelle à une réflexion approfondie sur l’adaptation des infrastructures portuaires aux changements climatiques, afin d’éviter que de telles perturbations ne se transforment, à l’avenir, en crises économiques à répétition.
Abdellah Hanbali
