Fatima Benslimane Hassar, qui a vu le jour à Fès en 1928, nous a quittés le vendredi 30 janvier 2026. Ses obsèques ont été célébrées le même jour, suite à la prière d’Al-Asr, au cimetière Hay Riyad à Rabat.
La regrettée, qui fut parmi les premières femmes à siéger au Comité exécutif du Parti de l’Istiqlal, laisse derrière elle l’empreinte d’une personnalité majeure dans l’engagement national et social marocain. Elle s’est lancée très tôt dans l’action politique en intégrant le Mouvement national et elle compte parmi les premières femmes marocaines à décrocher le baccalauréat. Elle poursuit son parcours universitaire à l’Institut des Hautes Études Marocaines de Rabat. À l’Indépendance, elle rejoint l’Entraide nationale, aux côtés de la princesse Lalla Aicha.
Fatima Benslimane, qui a vécu à El Jadida et a fréquenté le collège de Mazagan (aujourd’hui Lycée Ibn Khaldoun) en 1948, s’était liée d’amitié avec Marie-Blanche D’Alegron, dont la famille vivait dans le centre-ville.
Laurence Delord, la fille de Blanche d’Alegron résidant à Paris, découvrit, en 2024, des traces écrites témoignant de la relation d’amitié entre sa mère et Fatima Benslimane. En effet, en faisant des recherches dans les archives familiales, Laurence tomba sur un carnet de sa mère, décédée en janvier 2000, intitulé « Souvenirs du collège » où ses camarades lui consignaient leurs souvenirs et impressions.
Un recueil de témoignages captivants et authentiques de ses amis collégiens marocains dont certains noms prestigieux tels Fatima Benslimane (responsable de la section féminine du parti de l’Istiqlal, épouse du pharmacien Larbi Hassar) et Mustapha Boujibar (fils du combattant rifain Mohammed Boujibar, plus tard cardiologue et directeur de clinique à Casablanca).
Dans « Au-delà de l’oubli », ouvrage publié en 2024, Laurence Delord narre l’histoire familiale de sa mère, Blanche Rzeckiecki d’Alegron, qui a été élève au collège de Mazagan avant d’y exercer en tant que professeure.
Voici, il y a 80 ans, ce qu’avait écrit Fatima Benslimane sur le carnet de souvenirs de son amie Blanche : « Chère Blanche, c’est avec un grand plaisir que j’écris ces quelques lignes sur ton petit carnet. Depuis la 5e que nous sommes ensemble, j’ai appris à te connaître et à t’estimer. Ce n’est pas pour te faire des compliments mais tu es l’une des rares dont j’admire le caractère franc et la bonté. Tu peux être certaine que je n’oublierai jamais nos discussions sous les arbres pendant les récréations. Si je t’ai souvent taquinée sur tes coups de cœur, «Béziers » et « Gegun », ce n’était pas par méchanceté mais seulement par sympathie. Bien à toi. »
L’écrivaine de ce récit familial, Laurence Delord, apporte ce commentaire : « Au-delà de l’émotion et la qualité de ces lignes, passe le souffle d’un passé où toutes les amitiés étaient franches, sans détours, fidèles et dépassaient les communautés. Seul comptait la camaraderie dans un quotidien fait d’émotions et d’enrichissement au contact de l’Autre. N’est-ce pas ce que nous pouvons souhaiter retrouver après toutes ces décennies ?».
Jmahrim()yahoo.fr
Chronique de Mustapha Jmahri : Quand Fatima Benslimane conversait avec Blanche d’Alegron sous les arbres du collège
