À peine la nouvelle s’était-elle répandue qu’ils étaient déjà là. Comme mus par une mémoire commune, une fidélité intacte et une fraternité jamais démentie.
Dans la chambre où le temps semble suspendu, les visages familiers se sont penchés sur lui, avec cette pudeur des hommes qui ont partagé plus que des matchs : une époque, une passion, une part d’eux-mêmes. On s’enquiert de sa santé, bien sûr, mais très vite, les souvenirs reprennent leurs droits. Les anecdotes fusent, les éclats de rire percent la gravité du moment, comme pour alléger la douleur et redonner un peu de souffle à celui qui souffre encore d’un sérieux déboîtement du col du fémur, conséquence d’une malheureuse glissade survenue au centre Label’Vie.
Najib, c’est d’abord un homme. Un de ceux que l’on n’oublie pas. Connu pour sa bonté et sa générosité, il a toujours su tisser autour de lui une affection sincère. Son accident a profondément touché les Jdidis, nombreux à lui adresser leurs vœux les plus chaleureux de prompt rétablissement, espérant le revoir bientôt retrouver sa vitalité d’antan.
Mais derrière l’homme, il y a aussi le joueur. Et quel joueur. Pour les plus jeunes qui n’ont pas eu le privilège de le voir évoluer, Najib Bentouila fut, dans les années 70, un avant-centre hors du commun. Sacré meilleur buteur du championnat marocain juniors avec pas moins de 34 réalisations, il incarnait déjà cette promesse rare des grands buteurs.
Feu Al Arbi Zaouli ne s’y trompait pas. Séduit par son sens du but et la robustesse de ce pur produit doukkali, il voyait en lui l’avenir de l’attaque nationale. Et les faits semblaient lui donner raison : à peine promu chez les seniors, il ne lui aura fallu que 45 minutes face au WAC, au mythique stade Père Jégo, pour convaincre le colonel Belmajdoub de le convoquer en équipe nationale. Une ascension fulgurante, à la mesure de son talent.
Mais le destin, parfois, se montre cruel. La carrière de Najib n’a jamais épousé les sommets qu’elle promettait. Une blessure grave, survenue à la suite d’une agression brutale, pour ne pas dire une Vraie Agression Delibérée, de l’arrière central Fathi du FUS, est venue briser cet élan, laissant derrière elle le goût amer de ce qui aurait pu être.
En ce moment difficile, la solidarité des anciens n’a pas failli. Hassani 1 ( Mohamled) ancien président de l’Association des anciens joueurs, Hassani 2, ( Jilali) ainsi qu’Abdelkrim Chergui, dit Krimou, ancien président de l’Association Riada wa Sadaqa d’El Jadida et au nom de tous les anciens joueurs, ont tenu à lui rendre visite, portant avec eux l’affection et le soutien de toute une génération.
Un hommage appuyé également à Hassan Bentouila, frère de Najib et ancien joueur du DHJ, pour son accueil empreint de chaleur et de dignité.
Aujourd’hui, plus que jamais, El Jadida retient son souffle et entoure l’un de ses fils les plus aimés. Et dans ce silence habité de souvenirs, chacun murmure le même souhait : que Najib Bentouila se relève, encore une fois, comme il l’a si souvent fait sur les terrains, pour retrouver la lumière et la vie.
Sur la photo, de G à D: Hassan Bentouila, Jilali Hassani, Mohammed Hassani, Abdelkrim Chergui, Majidi et Najib Bentouila.
Abdellah Hanbali
