Chronique de Mustapha Jmahri : Kamal Raïs, le pilier discret des « Cahiers d’El Jadida »


Depuis près de trois décennies, Kamal Rais demeure un partenaire central de mon projet éditorial « Les Cahiers d’El Jadida ». Par son rôle essentiel dans le processus d’impression et de communication, il est devenu un membre indispensable de la famille de mes « Cahiers ». J’ai trouvé en lui, ainsi qu’au sein de son institution, le soutien professionnel et l’intégrité que requiert ce travail de documentation mémorielle.
Mes premiers liens avec Kamal Raïs, responsable de l’impression à l’imprimerie « Najah Al-Jadida » à Casablanca, remontent à l’année 1997. C’était à l’époque où Chérif El-Kadiri El Hassani, directeur de « Dar Thaqafa », avait accepté de publier mon recueil de nouvelles « L’Arbre de la vie » et m’avait suggéré de me rendre à ladite imprimerie, située avenue Yacoub El Mansour, pour superviser les premiers tirages. Ce fut la première pierre d’une relation professionnelle et humaine qui s’est inscrite durablement dans le temps.
Cette période a coïncidé avec les premières années du lancement de ma série « Les Cahiers d’El Jadida », dédiée à l’histoire de la ville et de sa région des Doukkala. À l’époque, je faisais face à certaines difficultés surtout matérielles avec une petite imprimerie à Rabat, sans compter l’épuisante distance séparant El Jadida de la capitale. C’est dans ce contexte que mon ami, le critique littéraire Sadouq Noureddine, me conseilla de m’adresser à l’imprimerie « Najah El Jadida ». Il m’y accompagna même pour rencontrer Kamal Rais, qu’il connaissait déjà, et c’est alors que je lui remis mon ouvrage intitulé « Paroles de Mazaganais ». Depuis lors, tous les numéros de la collection sont sortis de ses presses, successivement et sous sa supervision directe. Il veille personnellement à ce que chaque édition soit digne de son rang, tant par la qualité du papier que par la précision des couleurs et l’esthétique des couvertures, lors de mes fréquentes visites pour révision et correction.
Fondée au début des années 1960 dans le quartier Derb Bouchentouf sous le nom « Imprimerie Najah », l’entreprise a fini par s’installer à son adresse actuelle, avenue Yacoub El Mansour, sous l’appellation « Najah Al-Jadida ». Elle a connu un développement technologique et humain constant, devenant aujourd’hui l’une des institutions les plus prestigieuses en la matière, ayant accueilli par le passé de nombreux étudiants des métiers du livre et de l’édition venus des facultés des lettres de Rabat et de Casablanca.
Grâce à ma longue fréquentation de cette vénérable institution, je suis devenu une figure familière pour l’ensemble du personnel. Quant à l’ami Kamal Rais, il a reçu dans son bureau une multitude de penseurs et de gens de lettres marocains de la trempe d’Abdelhadi Boutaleb, Mahdi Elmanjra, Abdessamad Belkebir, Mohammed Riad, Mohamed Moustaoui, et bien d’autres. Je lui ai d’ailleurs dit un jour : « Si tu avais pris soin de documenter chacune de tes rencontres par une photographie, tu posséderais aujourd’hui un album historique sans égal dans le milieu culturel. »
Le lecteur, en parcourant l’un des numéros des « Cahiers d’El Jadida », n’imagine sans doute pas que derrière cet accomplissement se cache un professionnel respectueux des plus nobles traditions du métier : Kamal Rais, ou plutôt « Raïs Kamal » ; véritable dynamo de l’imprimerie Najah Al-Jadida.

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