El-Jadida, le seuil de l’Anarchie


Quand une ville atteint un tel niveau de déchéance, peut-on encore parler de conseillers, d’autorités locales, de gestion de la chose publique… ou même de responsabilité ?
Il existe un seuil, une limite au-delà de laquelle les mots eux-mêmes semblent perdre leur sens. On cherche les expressions justes, les mots suffisamment forts pour décrire ce que l’on voit, et l’on finit par se taire, non par résignation, mais parce que l’on se demande si parler sert encore à quelque chose.
Peut-être qu’à force de dénoncer, de commenter et d’alerter, on finit simplement par avoir le sentiment de gaspiller son temps et son énergie face à une forme d’inertie devenue presque institutionnelle.
El-Jadida semble avoir franchi ce seuil.
Un seuil où l’anarchie n’est plus une impression passagère, mais devient le décor quotidien d’une ville qui paraît abandonnée à elle-même. Une ville où l’espace public se dégrade, où le désordre s’installe, où l’incurie finit par devenir banale et où l’on semble avoir renoncé à l’idée même de préserver un cadre de vie digne de ses habitants.
Le plus affligeant est peut-être que ceux qui ont aujourd’hui la charge de cette ville ne sont même plus à la hauteur de nos critiques. Pour critiquer, il faut encore croire que les mots peuvent atteindre leur cible, provoquer une prise de conscience, susciter une réaction.
Or, que peut-on encore dire lorsque tout semble avoir été dit ?
Les images prises hier parlent désormais mieux que nous. Elles ne commentent pas, elles ne polémiquent pas, elles ne dénoncent pas. Elles montrent.
Et parfois, dans une ville qui semble lentement s’éteindre sous le poids du désordre et de l’indifférence, les images sont les derniers mots qu’il nous reste.

Abdellah Hanbali

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