Le site d’information Quid.ma, basé à Rabat, a publié le mardi 11 août 2026 un nouvel article de Mustapha Jmahri intitulé « Chronique des internés politiques au camp de Sidi El-Ayachi ». S’appuyant sur des documents du Protectorat français conservés au Centre des archives diplomatiques de Nantes, l’auteur-éditeur des Cahiers d’El Jadida met en lumière le rôle central et méconnu de ce camp situé aux portes d’Azemmour.
Avec la publication de ce dixième article consacré à Sidi El-Ayachi, Mustapha Jmahri s’impose comme l’un des spécialistes de l’histoire de ce site. Il convient de rappeler que ses travaux de recherche sur ce domaine avaient débuté par un premier article paru dans le magazine d’histoire Zamane. Depuis lors, son exploration méthodique a donné naissance à une série d’articles, parmi lesquels : « Les derniers témoins de Sidi El-Ayachi », « Témoignage inédit sur le préventorium de Sidi El-Ayachi », « De Ménorval, directeur du camp de Sidi El-Ayachi », « Réhabiliter le site de Sidi El-Ayachi », ou encore son analyse sur « Le camp de concentration d’Azemmour ». À travers ce cycle de publications, l’auteur-éditeur des Cahiers d’El Jadida s’attache à reconstituer la mémoire de ce lieu, depuis ses fonctions militaires et répressives sous le Protectorat jusqu’à ses mutations sanitaires post-indépendance.
Durant l’été 1944, alors que la France combattante préparait la Libération, Sidi El-Ayachi servait d’appareil de surveillance où étaient mis au secret des dizaines de détenus politiques suspectés d’intelligence avec l’ennemi. Les archives dépouillées de la Direction des affaires politiques et du Bureau central de sécurité militaire à Rabat permettent aujourd’hui de reconstituer la mécanique de ces interrogatoires visant à classifier les individus selon leur degré de compromission avec l’Allemagne.
À travers des cas concrets, l’article illustre la rigueur de la Commission d’examen des libertés instituée en mai 1944. C’est le cas du dossier de Pierre Jabin, citoyen français transféré de Missour à Sidi El-Ayachi dans l’attente du réexamen de son dossier par le contrôleur civil d’Azemmour. L’étude révèle également le parcours de Manfred Schoch, ancien légionnaire d’origine allemande naturalisé français, arrêté à Marrakech.
L’article aborde ensuite le parcours d’Éléonore Diaz Gonzales, une jeune Espagnole de vingt ans, interrogée à Azemmour en septembre 1944 par le contrôleur civil adjoint André Bourgouin. Après avoir fui l’Espagne franquiste sous une fausse identité française, elle fut arrêtée à son arrivée à Casablanca lors d’un contrôle au centre de tri de Médiouna. Un autre document confidentiel, daté du 20 juin 1944, concerne le prisonnier Eugène Spardy. Enfin, le cas du médecin autrichien Hans Landesberg illustre le sort des volontaires des Brigades internationales. Après un calvaire dans les camps, il obtint un sauf-conduit en octobre 1941 pour Alger avant de rallier le Maroc, où il se heurta aux restrictions législatives du Protectorat.
Enfin, l’affaire de Joséphine Lièvre, issue de la haute société d’Anfa à Casablanca, témoigne de l’internement de profils idéologiques liés au Parti populaire français (PPF) collaborationniste. Bien que cette liste de prisonniers européens ne soit pas exhaustive en raison de l’accès complexe aux archives, ces pièces officielles de Nantes sortent de l’anonymat un pan sombre de l’histoire politique de Sidi El-Ayachi.
Envoi M.B
Mustapha Jmahri dévoile les archives sur les internés politiques de Sidi El-Ayachi
