Chronique de Mustapha Jmahri : Témoignage inédit sur le préventorium de Sidi El-Ayachi (1953-1956)

À ce jour, j’ai publié une dizaine d’articles sur l’ancien site de Sidi El-Ayachi, près d’Azemmour, couvrant tant la période du Protectorat que celle de l’après-1956. Ce domaine devint, après l’indépendance, un hôpital spécialisé dans les maladies pulmonaires. En réaction à l’un de mes écrits sur le sujet, une lectrice qui n’a pas souhaité dévoiler son nom de famille, prénommée Maiska, a tenu à apporter son témoignage dans un message que j’ai reçu. Ce récit inédit est directement basé sur les souvenirs que sa mère lui a racontés. Pour rappel, le préventorium accueillait des enfants sains mais fragiles pour prévenir l’affection pulmonaire, à l’inverse, le sanatorium isolait et soignait les patients déjà actifs et contagieux. À travers ses souvenirs, elle y décrit une activité humaine et institutionnelle foisonnante. Voici son récit :
« Avant l’indépendance, Sidi El-Ayachi était un préventorium. Une partie accueillait de vieux retraités, tandis qu’une autre abritait une vingtaine de filles, dont ma mère, âgées de 7 à 16 ans. Elles venaient de familles où un membre avait été signalé comme étant atteint de la tuberculose. Parmi ces filles, la plupart étaient issues de familles riches et connues (juives, musulmanes, marocaines, algériennes). Selon ma mère (dont la famille n’était pas riche, mais qui a eu la chance, entre autres, de bénéficier de ce séjour), les filles y suivaient des cours adaptés au niveau de chacune, mais regroupées dans une même classe (cours préparatoires, élémentaires et moyens). Le programme comprenait du français et une heure d’arabe par jour. L’enseignante se prénommait madame Gravier, elle était l’épouse du docteur responsable du dispensaire où les habitants d’Azemmour venaient pour les consultations et les soins.
Les filles partageaient leurs repas avec les monitrices, comme mesdemoiselles Lehmann, Pompiani, Mathieu et Blind, ainsi qu’avec les membres de la direction, messieurs Core et Richard. Deux femmes marocaines, Fatima et Fadma, assuraient le ménage et la vaisselle. On faisait venir des prisonniers pour le jardinage et pour effectuer des travaux de maçonnerie et de peinture. Le site disposait des dortoirs A, B et C, d’un grand réfectoire avec des tables en granit et, dans l’espace central, d’une cuisine dirigée par un grand chef. Il y avait aussi une salle de cinéma ainsi qu’un endroit appelé Le Foyer, faisant office de café et de bar, où se rendaient exclusivement les retraités. Pour ma mère, c’était la Belle Époque ! Cela s’est déroulé durant la période de mai 1953 à octobre 1956. »
Ce témoignage inédit sur Sidi El-Ayachi (1953-1956) révèle un microcosme solidaire, cosmopolite et rigoureusement organisé à la veille de l’Indépendance, fonctionnant comme un lieu d’intégration mêlant éducation, soins et mixité sociale. J’ai choisi de le publier à titre d’éclairage, car ce récit vient en complément de mes autres écrits sur ce même sujet, apportant, à titre indicatif, des détails méconnus sur la vie quotidienne de ce lieu et sur ses fonctions durant ces années-là.
Jmahrim()yahoo.fr

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