Au Moussem de Moulay Abdellah, la médecine a parfois des airs de spectacle.
À la tombée de la nuit, au Mahrek, les « toubibs » sortent leurs potions, leurs haut-parleurs et surtout leurs promesses.
Ici, pas besoin de diplôme, de laboratoire ou de scanner : à chaque maladie son remède, à chaque douleur son miracle.
Quelques dirhams suffisent pour la consultation et la potion. La vocation ? « Rendre service ». Rien que ça !
Puis viennent les témoignages. Une femme aurait retrouvé la maternité. Un homme aurait vu disparaître sa tumeur. Un autre aurait été débarrassé d’une maladie qui résistait à la médecine moderne.
Et toujours la même conclusion :
« Jab Allah achifa ! »
la foule répond :
« Al hamdou lillah ! »
Et le miracle est officiellement homologué… par les applaudissements.
Un peu plus loin, d’autres « spécialistes » ont choisi une discipline plus radicale : l’arrachage dentaire. Les dents extraites sont exposées comme des trophées. Et si la dent arrachée était saine ? Pas grave ! L’arrachage de la mauvaise vous sera offert.
Quelle générosité !
On pourrait en rire si tout cela ne concernait pas des êtres humains, souvent malades, pauvres ou désespérés, qui viennent chercher ce que la médecine n’a pas toujours réussi à leur offrir : un peu d’espoir.
C’est là que le folklore cesse d’être amusant.
Car derrière les haut-parleurs, les attroupements et les « potions miracles », il y a une question beaucoup plus sérieuse : – Qui protège ces malades contre les charlatans ?
Le Moussem est un lieu de foi, de tradition et de ferveur.
Mais la foi ne dispense ni de prudence, ni de responsabilité. Et la souffrance des malades ne devrait jamais devenir un terrain d’expérimentation.
Nous sommes en 2026. Nous parlons de médecine de pointe, de chirurgie robotique… et, à quelques dizaines de kilomètres de Casablanca, certains continuent à vendre des miracles au clair de lune.
Le contraste aurait de quoi faire sourire.
S’il n’était pas, surtout, profondément inquiétant.
Alors, bravo aux « toubibs » du Moussem pour leur extraordinaire inventivité !
Mais une dernière question, elle, ne relève d’aucun miracle :
Où sont les autorités sanitaires ?
Où sont les contrôleurs ?
Où est la protection du patient ?
Entre la foi et la médecine, il existe une frontière.
Elle s’appelle la responsabilité.
À bon entendeur…
Abdellah Hanbali
Moussem de Moulay Abdellah : lâ où le miracle se vend au clair de lune
