Il suffit parfois de lever les yeux pour mesurer l’ampleur d’un abandon.
À quelques dizaines de mètres seulement du premier arrondissement, un bus est immobilisé sur la voie publique depuis plus de six mois.
À en juger par son état, tout laisse penser qu’il est hors d’usage.
Pourtant, il continue d’occuper la chaussée, gênant la circulation sur le boulevard Triî, entre l’école Al Jazira, Al Mansour Addahbi et Triî Banate, comme si ce morceau de ville lui appartenait désormais.
Comment expliquer qu’un tel spectacle puisse durer aussi longtemps sans susciter la moindre réaction ?
Comment le Caïd de l’arrondissement, pourtant entouré de ses mokaddems, n’a-t-il rien vu ?
Ou pire encore, comment a-t-on pu s’habituer à ne plus voir ce qui saute pourtant aux yeux de tous ?
Il est plus que temps que ce bus prenne enfin le chemin de la fourrière.
Et comme si cela ne suffisait pas, un autre bus, non loin de là, décidément, ce premier arrondissement accumule les curiosités, a choisi un quartier résidentiel, rue du 20 août, comme parking permanent.
Chaque matin, avant même que le soleil ne s’installe sur les toits, c’est le même rituel. Le moteur s’éveille dans un long grondement, tourne de longues minutes, déchire le silence encore fragile de l’aube et répand ses fumées dans les maisons voisines. Dormir dans ces conditions relève de mission impossible. Il y a vraiment de quoi devenir dingue.
Les journées commencent dans le vacarme et s’achèvent dans les gaz d’échappement.
À force, ce ne sont plus seulement des nuisances. C’est une qualité de vie que l’on confisque, un sommeil que l’on vole, une sérénité que l’on condamne à l’exil.
Une ville ne se mesure pas uniquement à ses avenues, à ses bâtiments ou à ses budgets. Elle se juge aussi à sa capacité de protéger le repos de ceux qui y vivent. Lorsque des riverains finissent par croire que le bruit est une fatalité et que l’inaction est devenue la règle, c’est tout un pan du vivre-ensemble qui vacille.
En attendant que les autorités accomplissent enfin leur devoir et appliquent la loi avec la même rigueur pour tous, ces bus continueront d’occuper l’espace… tandis que les habitants, eux, auront le sentiment d’être devenus les étrangers de leur propre quartier.
À bon entendeur…
Abdellah Hanbali
