le site Sidi El-Ayachi
Le projet de fin d’études de Khadija Mihrane, mené au sein de la School of Architecture, Planning and Design de l’UM6P pour l’obtention du Diplôme d’État d’Architecte (session 2025-2026), a été soutenu le 20 juillet 2026. Ce travail, dirigé par le professeur Othmane Bengebara, a été présenté devant un jury présidé par Tarik Zoubdi, directeur de l’école d’architecture de l’Université Mohammed VI Polytechnique.
Ce projet porte sur la création du « Centre de formation, de recherche et d’innovation sociale de Doukkala », à travers la réhabilitation patrimoniale de l’ancien hôpital Sidi El-Ayachi, situé près d’Azemmour le long du fleuve Oum-Erbia. Le mémoire part du constat d’un territoire national évoluant à plusieurs vitesses : face aux grandes métropoles dynamiques, Azemmour et Sidi Ali sont diagnostiquées comme des « villes en déclin ». L’étudiante y relève plusieurs symptômes majeurs, notamment la décroissance urbaine, l’exode des jeunes, la multiplication des friches industrielles générant des pertes d’emplois, ainsi qu’une dévitalisation culturelle liée à un manque criant d’équipements.
Au début de ses recherches, en 2025, l’étudiante m’avait contacté afin que je partage avec elle mes propres travaux sur ce site. Aujourd’hui, je suis particulièrement heureux de voir son investissement et son travail final ainsi couronnés de succès.
Le site hospitalier désaffecté sert ici de point d’ancrage. Il est décrit comme un palimpseste architectural où se superposent plusieurs époques. L’analyse de l’existant révèle une structure porteuse (fondations, murs en béton, volumes) globalement stable et intacte, malgré des dégradations localisées telles que des toitures affaissées ou des enduits et des menuiseries à restaurer. Le site abrite également des éléments remarquables à conserver impérativement, notamment son château d’eau, ses anciennes cuisines et ses pavillons hospitaliers d’origine.
Le concept architectural, résumé par l’idée d’« un besoin de mémoire, un désir d’avenir », repose sur quatre principes :
Le premier concerne l’articulation entre l’ancien et le contemporain. Les nouvelles extensions s’implantent perpendiculairement aux bâtiments existants, tandis que des greffes ponctuelles prennent place sur leurs toitures. Cette composition traduit l’idée que le nouveau, porteur d’avenir et d’espoir, peut naître du passé et se développer à partir de ses traces. Afin de préserver l’intégrité constructive des pavillons, ces interventions disposent toutefois d’une structure porteuse indépendante, rendant ainsi lisible la coexistence des différentes temporalités architecturales.
Le deuxième principe instaure un dialogue entre l’architecture coloniale existante, caractérisée par ses toitures inclinées, sa composition régulière et la répétition de ses ouvertures, et les greffes contemporaines inspirées de l’architecture marocaine locale. Celles-ci réinterprètent les toitures-terrasses, les variations de hauteur et les volumes fragmentés, sans reproduire littéralement les formes traditionnelles. Le projet revisite également plusieurs archétypes marocains, notamment la place publique, le patio et le seuil. La place centrale devient ainsi un espace fédérateur, consacré à la rencontre et à la valorisation de l’artisanat et des savoir-faire locaux. Les patios apportent, quant à eux, lumière naturelle et ventilation, tout en créant des transitions sensibles entre l’intérieur et l’extérieur.
Le troisième principe concerne le rythme des façades. Dans cette logique, les ouvertures existantes servent de trame à un soubassement en pierre calcaire locale, dont le profil reprend leur position et leur cadence. Parallèlement, de nouvelles percées sont introduites afin de répondre aux usages contemporains. Le dialogue entre les traces anciennes et les interventions nouvelles renouvelle ainsi les façades tout en préservant la mémoire constructive des pavillons.
Le quatrième principe repose sur la valorisation des éléments emblématiques du site et le renforcement de sa vocation culturelle. Les anciens châteaux d’eau sont reconvertis en observatoire, retrouvant ainsi leur rôle de repères verticaux dans le paysage et offrant une vue privilégiée sur l’ancienne médina d’Azemmour et l’estuaire de l’Oum-Erbia. À leurs abords, un théâtre circulaire d’environ 200 places, inspiré de la halqa marocaine, favorise la proximité, l’échange et la participation du public.
À travers cette alliance entre mémoire, culture et usages contemporains, le projet ambitionne de devenir un véritable noyau de revitalisation urbaine, capable d’impulser de nouvelles dynamiques sociales, culturelles et territoriales. Il instaure un dialogue mesuré entre la régularité de l’architecture coloniale réhabilitée et la fragmentation assumée des interventions contemporaines, le tout unifié par une palette matérielle sobre associant la pierre calcaire locale à l’enduit blanc à la chaux.
Structuré autour d’un programme mixte réunissant recherche rurale et urbaine, formation et équipements publics, le projet place le bâti existant au cœur du dispositif. De nouveaux volumes viennent s’y greffer pour accueillir des espaces de travail et des laboratoires, prolongeant ainsi l’histoire du lieu tout en répondant aux exigences et aux enjeux de notre époque.
Jmahrim()yahoo.fr
