El-Jadida au temps où la plage avait des gardiens… et des règles


Il fut un temps où la plage d’El-Jadida respirait un ordre presque naturel. Non pas un ordre imposé avec brutalité, mais un ordre accepté, respecté, presque intériorisé par tous. Enfant, je me souviens de ces quelques policiers et d’une vingtaine d’agents des Forces auxiliaires qui veillaient discrètement sur ce rivage devenu, le temps d’un été, le lieu de rencontre de toute une ville.
Rien ne leur échappait. On ne jouait pas au football sur le sable. On ne se baignait pas en slip blanc, une pratique aujourd’hui disparue. Il était interdit de circuler à bicyclette ou à moto sur la plage, tout comme d’y promener son chien. Les règles étaient connues de tous, et chacun s’y conformait avec une étonnante discipline, par respect autant que pour éviter une verbalisation.
Les décennies ont passé. Le nombre d’estivants a été multiplié par trente, peut-être même quarante. Pourtant, les effectifs chargés de faire respecter ces mêmes règles semblent, eux, s’être évaporés. Une évolution difficile à comprendre, tant l’absence d’encadrement a progressivement ouvert la voie à toutes les formes d’incivisme. Aujourd’hui, chacun semble faire ce qui lui plaît, au détriment de tous les autres.
Et pendant ce temps, il suffit parfois de se rendre au stade El Abdi, presque désert, pour y voir un impressionnant déploiement de responsables, d’officiers, de policiers et d’agents des forces de l’ordre mobilisés dès les premières heures de la matinée. Une image qui laisse songeur et qui rend l’équation encore plus difficile à comprendre.
La nostalgie n’est pas seulement le regret d’un passé révolu. Elle est aussi ce miroir cruel qui nous renvoie l’image d’un présent dont bien peu se déclarent satisfaits. Car au fond, ce qui manque aujourd’hui à notre plage, ce ne sont pas seulement des agents ou des uniformes. C’est cette culture du respect qui faisait qu’une simple présence suffisait à préserver l’harmonie d’un lieu que nous aimions tant.
Et chaque été, en contemplant cette plage que nous avons connue si différente, revient ce même soupir silencieux : celui d’une époque qui s’est éloignée sans jamais cesser de nous manquer.
Abdellah Hanbali

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