La lagune de Sidi Moussa : le paradis qui finance une commune…mais qu’on laisse mourir


Il fut un temps où Sidi Moussa semblait intouchable. Cette lagune sauvage, blottie entre El-Jadida et Oualidia, offrait l’image d’un paradis préservé, où le sable avait la couleur de l’or et où les flamants roses trouvaient encore le calme nécessaire pour faire escale avant de poursuivre leur migration.
Aujourd’hui, le décor est toujours aussi beau… mais il suffit de baisser les yeux pour mesurer l’étendue du gâchis.
Chaque été, la commune encaisse les recettes des parkings, perçoit les redevances des cafés et des restaurants ( paillottes) tandis que des centaines de visiteurs affluent vers ce site exceptionnel. Pourtant, une infime partie de ces revenus suffirait à financer quelques agents chargés d’une mission élémentaire : ramasser les déchets et les acheminer vers une décharge appropriée.
Au lieu de cela, les ordures s’accumulent et finissent enfouies sous le sable, comme si l’on pouvait cacher la saleté sans en effacer les conséquences. À force de traiter ainsi ce patrimoine naturel, c’est la qualité même de ce sable doré, l’une des plus belles richesses de Sidi Moussa, qui se dégrade inexorablement. Mais jusqu’à quand ?
Et Sidi Moussa est loin d’être un cas isolé. Le même scénario se répète, été après été, sur d’autres plages de la province, comme Mraiziqa, Al Harchane, Larhouirgate et bien d’autres encore. Partout, les communes profitent des recettes générées par les parkings et les activités saisonnières, mais oublient que la première des obligations est de préserver ces espaces naturels. Le littoral ne peut pas être considéré comme une simple source de revenus. Il est un patrimoine collectif, fragile et irremplaçable.
Ce qui révolte n’est pas seulement l’absence de moyens. C’est surtout l’absence de volonté. Car protéger un tel joyau ne demande ni projets pharaoniques ni budgets colossaux. Il suffit d’un minimum de respect pour un site qui fait vivre des dizaines de familles et qui attire des visiteurs venus des quatre coins du Maroc.
À Sidi Moussa comme à Mraiziqa, Al Harchane ou Larhouirgate, la nature continue d’offrir généreusement ce que l’homme est incapable de préserver. Et si rien ne change, il ne restera bientôt que les souvenirs de plages qui comptaient parmi les plus belles du Royaume.
Un paradis ne disparaît jamais en un jour. Il s’efface lentement, grain de sable après grain de sable, enseveli sous les déchets, l’indifférence et l’inaction de ceux qui avaient pourtant le devoir de le protéger.
Abdellah Hanbali

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