Il suffit parfois d’un nom – Lycée Ibn Khaldoun – pour que les souvenirs affluent comme une marée de tendresse. Les années soixante ne furent pas seulement une époque ; elles furent un art de vivre, une parenthèse de sérénité que le temps n’a jamais pu refermer.
L’externat et l’internat formaient un même foyer. Les pensionnaires partageaient leurs chambres, leurs repas, leurs rêves et parfois leurs inquiétudes. Les externes, eux, franchissaient chaque matin le portail avec la même impatience de retrouver leurs camarades. Entre tous, il n’y avait ni barrières ni différences : seulement la joie d’être ensemble.
Dans cette enceinte bénie, musulmans, juifs et chrétiens vivaient côte à côte avec une simplicité désarmante. On ne parlait ni de tolérance ni de coexistence, car elles allaient de soi. Chacun respectait la foi de l’autre, et cette diversité faisait la richesse de notre quotidien. Ce Maroc-là était une magnifique leçon d’humanité.
Et puis il y avait les premiers émois… Ces regards furtifs échangés dans la cour, ces lettres soigneusement dissimulées entre les pages d’un livre, ces cœurs qui battaient plus vite sans jamais oser le dire. Des amours innocentes, pudiques, mais inoubliables.
Que sont devenus tous ces camarades ? Beaucoup nous ont quittés, emportant avec eux une partie de notre jeunesse. D’autres vivent aux quatre coins du monde, mais un simple souvenir suffit à effacer les décennies et à nous réunir de nouveau dans la cour du lycée.
Aujourd’hui, lorsque l’on contemple un monde souvent agité par les divisions et les tensions, on mesure la chance d’avoir connu cette époque. Le Lycée Ibn Khaldoun n’était pas seulement une école : c’était un havre de paix, un laboratoire du vivre-ensemble, un lieu où l’on apprenait autant la fraternité que les mathématiques ou la littérature.
Les bâtiments ont peut-être changé, les générations se sont succédé, mais l’âme de ces années-là demeure vivante dans le cœur de ceux qui les ont connues. Car il est des lieux que l’on quitte un jour, sans jamais cesser d’y vivre.
À tous les anciens d’Ibn Khaldoun, où qu’ils soient, ce souvenir est dédié. Car notre jeunesse ne nous a jamais vraiment quittés : elle nous attend, chaque fois que notre mémoire franchit le portail de notre cher lycée.
Par MustaphaAbouibadallah
