El Jadida : Projets annoncés, promesses envolées… et une ville à l’arrêt


À El Jadida, les projets ne manquent pas. Ce qui fait défaut, en revanche, c’est leur aboutissement. Derrière les annonces en grande pompe et les cérémonies de lancement soigneusement orchestrées, la réalité est tout autre : des chantiers qui s’éternisent, des infrastructures livrées mais inexploitées, et une population condamnée à patienter… indéfiniment.
Il ne s’agit plus ici de revenir sur l’état environnemental préoccupant de la ville, maintes fois dénoncé, mais bien de mettre en lumière une problématique plus profonde : une incapacité chronique à mener les projets publics à leur terme. Une défaillance qui, au fil des années, s’est installée comme une norme, au point de banaliser l’inachevé.
La gare routière en est l’illustration la plus frappante. Lancé en janvier 2019, ce projet stratégique devait être livré en juin 2020. Six ans plus tard, l’infrastructure est là, presque prête, les voies d’accès aménagées… mais toujours fermée. Entre annonces d’ouverture imminente et silence des autorités, le flou persiste. Les justifications évoquées, vices de procédure ou irrégularités tardivement découvertes, peinent à convaincre. Comment expliquer que de telles anomalies ne soient relevées qu’une fois le projet achevé ? Une question qui reste sans réponse.
Même constat pour le marché de gros des fruits et légumes. Ce projet structurant, censé moderniser et organiser un secteur clé de l’économie locale, a été vidé de sa substance. Amputé d’une grande partie de son assiette foncière au profit de la construction de l’hôpital provincial Mohammed V, il a progressivement perdu sa vocation initiale pour se transformer en un espace désorganisé, où l’anarchie supplante toute logique d’aménagement. Pire encore, la cohabitation entre un établissement hospitalier et un marché de gros, ressemblant plus à une décharge publique,. interroge, tant sur le plan sanitaire qu’urbanistique.
Depuis plus d’une décennie, la relocalisation de ce marché vers Moulay Abdellah est évoquée, sans jamais se concrétiser. Là encore, les années passent, les discours se succèdent… mais rien ne change.
À ces exemples s’ajoutent d’autres infrastructures, comme les abattoirs municipaux, dont l’état d’insalubrité est régulièrement pointé du doigt, sans qu’aucune action décisive ne soit engagée.
Au-delà des retards, c’est toute une gouvernance qui est mise en cause. Absence de vision globale, défaut de suivi, manque de coordination… autant de facteurs qui traduisent une gestion défaillante de la chose publique. La reddition des comptes, pourtant essentielle, semble réduite à un simple exercice formel, sans réel impact sur l’évaluation des responsabilités.
Car ces projets inachevés ont un coût. Un coût financier, d’abord, avec des fonds publics mobilisés sans retour concret. Mais aussi un coût économique et social : désorganisation des activités, congestion urbaine, perte d’attractivité… Autant de conséquences qui freinent le développement de la ville et accentuent son décrochage.
El Jadida, autrefois perçue comme un pôle prometteur, semble aujourd’hui marquer le pas. Entre stagnation et risque de marginalisation, l’urgence n’est plus d’annoncer de nouveaux projets, mais bien d’achever ceux qui existent.
Car à force de promesses non tenues, c’est la confiance des citoyens qui s’érode. Et avec elle, l’espoir de voir la ville retrouver le dynamisme qu’elle mérite.

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