Le tribunal de première instance d’El Jadida a tranché. Trois auxiliaires d’autorité, des « mokaddem », ont été condamnés à quatre ans de prison ferme chacun, assortis d’une amende, dans l’affaire des certificats administratifs suspects. Un verdict lourd de sens, au-delà même des peines prononcées.
Car derrière ces faux certificats se cache une réalité plus inquiétante : celle d’une dérive de certains agents qui, investis d’une mission de service public, se comportent comme si tout leur était permis. Délivrer des documents douteux, manipuler des procédures, contourner les règles… autant d’actes qui ne relèvent pas de la simple négligence, mais d’un mépris assumé des lois qu’ils sont censés faire respecter.
Quand l’autorité se transforme en passe-droit, c’est l’ordre public qui vacille. Quand le cachet officiel devient un outil de complaisance, c’est la crédibilité de l’administration qui s’effondre. Et quand des certificats sont délivrés en dehors de tout cadre légal, ce sont des fraudes fiscales, des irrégularités foncières, des constructions anarchiques et mille autres dérives qui prospèrent dans l’ombre.
El Jadida en paie déjà le prix. Une urbanisation défigurée, des quartiers poussés sans cohérence, des espaces publics sacrifiés sur l’autel des intérêts particuliers. La beauté et l’âme de la ville sont lentement assassinées par des pratiques qui transforment le service public en terrain de prédation.
Le plus grave n’est pas seulement l’infraction pénale. C’est la trahison morale. Une société confie à ses agents d’autorité une mission claire : protéger l’intérêt général, veiller à l’équité, faire respecter la loi. Lorsqu’ils deviennent eux-mêmes acteurs de l’irrégularité, c’est le pacte de confiance qui se brise.
Le jugement rendu par la justice envoie un signal fort. Mais il ne saurait suffire. Il pose une question fondamentale : combien d’autres dérives prospèrent encore à l’abri du silence, de la peur ou de la complaisance ?
Renforcer les mécanismes de contrôle, sécuriser les procédures, protéger les lanceurs d’alerte et sanctionner sans faiblesse les abus ne sont plus des options. Ce sont des impératifs. Car une ville ne se construit pas seulement avec du béton et des plans d’aménagement. Elle se construit avec des institutions solides et des responsables intègres.
À défaut, l’anarchie s’installe, la loi se négocie et la société se retrouve trahie par celles et ceux qu’elle croyait chargés de la défendre.
Abdellah Hanbali
