L’horloge en panne et les élus hors-temps

Avant l’heure, ce n’est pas encore l’heure. Après l’heure, ce n’est plus l’heure. Quant à l’heure juste, à El Jadida, elle relève presque de la légende urbaine. La particularité de cette horloge municipale, fièrement dressée au cœur de la ville, c’est qu’elle n’a jamais connu la ponctualité. Depuis plus d’un quart de siècle, ses aiguilles ont posé un lapin aux Jdidis. Rendez-vous manqué, encore et toujours.
Inutile de chercher midi à quatorze heures : ici, même midi se perd. L’horloge est figée, immobile, à l’image d’une gestion municipale en panne sèche.
Le temps passe, les mandats défilent, mais l’horloge, elle, reste fidèle à sa vocation première : ne jamais être à l’heure. Une constance qui force presque l’admiration.
Ce monument du retard est devenu, malgré lui, un symbole. Symbole d’élus locaux déconnectés du tempo de la ville, sourds aux tic-tac des attentes citoyennes et aveugles à l’urgence des choses simples. Car remettre une horloge à l’heure n’est pas un exploit technologique ; c’est un geste élémentaire, presque banal. Encore faut-il vouloir regarder le temps en face.
Il suffirait pourtant de peu : remettre les pendules à l’heure. Pas seulement celles de l’horloge, mais celles de toute une ville qui mérite mieux que ce ballet d’aiguilles absentes et ces responsables éternellement en retard sur leur époque. Car quand le temps est à l’arrêt, ce n’est jamais l’horloge seule qui est en panne… ce sont ceux qui prétendent la gouverner.

Abdellah Hanbali

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