Ce roman est inspiré d’un fait réel :
Il s’agit du naufrage d’un bateau nommé Le Nemo’s, que j’ai rebaptisé Minos, en référence au roi légendaire de Crète dans la mythologie grecque, celui que Dante plaça dans La Divine Comédie, à la porte de l’Enfer pour juger les âmes des damnés…
Le Nemo’s s’était retrouvé pris dans une violente tempête en février 1987, entre Jorf Lasfar et El Jadida. Le navire, brisé en deux, avait rejeté une grande partie de sa cargaison : des grumes de bois. Selon le capitaine en charge de l’opération de sauvetage — un ami avec qui je pratiquais la planche à voile —: « plusieurs membres d’équipage ont péri, y compris le commandant du cargo ».
Grâce à des moyens de fortune, on parvint néanmoins à en sauver quelques-uns.
L’enquête n’avait pas donné de résultats probants, et les médias de l’époque n’étaient pas parvenus à déterminer les véritables causes de la catastrophe. Les hypothèses avancées et relayées manquaient de fondement : selon les spécialistes de la navigation, un gros navire ne se rapproche jamais de la côte lors d’une violente tempête, en raison des déferlantes ; c’est au large qu’il est, en principe, le plus en sécurité. J’en conclus alors que d’autres desseins l’y avaient contraint.
La proue du Nemo’s était venue s’échouer, avec les grumes, à une cinquantaine de mètres de la plage de Haouzia, à la sortie d’El Jadida en direction d’Azemmour. On pouvait encore l’apercevoir depuis la route côtière jusqu’en 2022, année où elle a fini par sombrer définitivement. Quant à la poupe, emportée par les courants, elle a dérivé au large avec le reste de la cargaison, emportant avec elle tant de secrets.
J’avais rédigé, à l’époque, en 1987, un article sur ce drame, que je n’ai jamais publié. Je le trouvais inutile, n’apportant rien de plus que ce que les journaux avaient déjà raconté. Il est donc resté dans un tiroir durant des années. En 2011, avec l’avènement d’Internet, j’ai repris mes recherches sur le Nemo’s, sans succès. J’ai même contacté des compagnies d’assurances, la capitainerie du port de Douala, ainsi que plusieurs revues spécialisées, qui m’ont transmis la liste des catastrophes maritimes depuis le XIXᵉ siècle : aucune mention du Nemo’s.
J’ai compris plus tard qu’il s’agissait probablement d’un bateau impliqué dans un trafic illicite. En effet, la cargaison était constituée d’un bois précieux interdit à l’exportation dans plusieurs pays, dont le Cameroun. C’est alors que l’idée d’un roman a germé : utiliser comme base ce que l’on sait — le naufrage, le port d’origine, les dates et les renseignements en ma possession — et combler les zones d’ombre par la fiction.
Tout ce qui a meublé le vide relève de l’imaginaire : les histoires d’amour à Douala, au Cap-Vert et à El Jadida ; la tempête volontairement exagérée ; le trafic de haschich au port de Jorf Lasfar ; la synagogue et son vieux rabbin… Tout a été inventé. Les personnages sont presque tous fictifs.
Driss Tahi
