Ils excellent dans l’art de détruire. Rapides, zélés, presque fiers lorsqu’il s’agit de raser, casser, faire disparaître des réalisations héritées de l’époque du Protectorat, ces responsables semblent animés par une étrange frénésie de table rase. Des lieux qui faisaient pourtant partie intégrante de la mémoire urbaine de la ville, loin d’être dénués de charme, et qui racontaient une histoire, une identité, une continuité.
Mais le véritable scandale ne réside pas uniquement dans l’acte de destruction. Il commence juste après. Une fois les murs tombés, les bulldozers remisés et les rubans coupés à l’envers, le chantier s’arrête net. Les lieux sont abandonnés à leur sort, livrés au vide, à la saleté, à la dégradation, comme si la mission s’arrêtait à l’effacement du passé, sans la moindre vision pour l’avenir.
De quels responsables parle-t-on au juste ? De quels leaders ? De quelles élites censées éclairer le chemin de la ville et anticiper son devenir ? Peut-on encore parler de gouvernance lorsque la décision se limite à détruire sans reconstruire, à effacer sans projeter, à démolir sans assumer ?
Qui mettra un terme à ces crimes urbains commis au nom d’une prétendue modernisation ? Qui osera chasser ces véritables virus qui asphyxient la ville, la vident de son âme et la condamnent à l’errance, sous couvert de progrès ? Moderniser ne signifie ni nier la mémoire ni transformer l’espace public en friche permanente.
Le discours est rodé, l’argumentaire commode, mais la réalité est implacable : on détruit vite, on promet beaucoup, et l’on abandonne encore plus vite. Le reste n’est que foutaise.
Abdellah Hanbali
