Né à El Jadida et grandi à Marrakech, Jaouad Naciri a suivi le parcours typique des passionnés de la balle ovale. Formé au TAC Marrakech (ex-ASAM), il intègre très tôt l’équipe nationale junior, avant d’effectuer un stage à Albi, en France. Après son bac, il rejoint le CPR de Casablanca pour y suivre une formation d’enseignant en éducation physique, un métier qu’il exercera durant des décennies entre Sidi Bennour et El Jadida — tout en poursuivant sa carrière de joueur à Casablanca, sous les couleurs de l’ASUC, du WAC, puis du RUC, où il mettra un terme à une trajectoire sportive riche et exemplaire.
El Jadida Scoop : Après avoir longtemps brillé sur les pelouses africaines et européennes, comment expliquez-vous la chute brutale du rugby marocain ?
Jaouad Naciri : Le Maroc dispose d’un palmarès honorable. Deux fois champion d’Afrique, trois fois finaliste, et classé troisième de la Coupe européenne des nations FIRA à trois reprises (1971, 1972 et 2000). Avant la création de la Confédération africaine de rugby, aujourd’hui Rugby Afrique, le Maroc évoluait dans le giron européen, affrontant des nations comme l’Italie, la Roumanie, l’Espagne, le Portugal ou encore la Géorgie.
Mais cette période faste a, paradoxalement, ouvert la porte aux convoitises, aux rivalités et à la politisation du sport. Des querelles d’appareil ont fini par tuer la dynamique. Résultat : un rugby marocain rayonnant, effacé de la scène internationale par la petitesse des ambitions et la mauvaise gouvernance.
El Jadida Scoop : L’attention accordée au rugby, notamment lors des Jeux méditerranéens de Casablanca en 1983, aurait pu marquer un tournant. Pourquoi le Maroc n’a-t-il pas su capitaliser ?
Jaouad Naciri : L’ossature de notre équipe existait déjà depuis la fin des années 1970. Nous jouions en Europe, dans le tournoi B. Nous avions battu la Suisse, l’Allemagne, et d’autres sélections avant d’atteindre la finale contre les Pays-Bas. Une victoire qui nous a propulsés au tournoi A, et permis de participer aux Jeux méditerranéens de Split, en Yougoslavie, où nous avons décroché la médaille de bronze.
Nous avons réédité cet exploit en 1983, à Casablanca, devant notre public. Deux médailles de bronze pour un sport dit “mineur”, c’était remarquable. Mais au lieu d’investir dans cette réussite, on a laissé tomber. Le football, lui, a eu droit à tous les soins, toutes les subventions et toutes les caméras. Le rugby, lui, a été relégué à la marge.
El Jadida Scoop : Qu’est-ce qu’il faudrait, selon vous, pour que le rugby marocain revive ?
Jaouad Naciri : Le rugby au Maroc n’a survécu que grâce à des hommes de conviction : des Laraki, des Haj Benjelloune (WAC), des Kotbi… et grâce aux exploits d’une poignée de joueurs. Le Maroc ne parle que de football, comme si les autres disciplines n’existaient pas.
Pourtant, le rugby marocain a formé près d’une centaine de joueurs partis évoluer dans des clubs étrangers, notamment en France. Abdellatif Benazzi, par exemple, issu d’Oujda, a fait carrière en équipe de France. On oublie aussi Jouira, originaire d’El Jadida, frère de l’athlète Abdellah Safoui, brillant à Nice. Ou encore Lhoucine Lambarki, formé à Rabat, qui s’est imposé en Angleterre au rugby à XIII, surnommé là-bas “The Arabic Flyer”. Et que dire de Mohammed Ali, capitaine du COC et de la sélection nationale ?
Ce sport a donné au Maroc des ambassadeurs de talent, sans jamais recevoir la reconnaissance qu’il mérite. Aujourd’hui, le rugby marocain ne demande qu’à renaître. Il faut simplement qu’on s’occupe de lui, qu’on le gère avec sérieux, qu’on lui offre des moyens et une vision.
Abdellah Hanbali
