Chronique de Mustapha Jmahri : El Jadida en perspective, échanges avec de futurs architectes

En tant que chercheur sur l’histoire locale, je reçois souvent des demandes de personnes curieuses d’en savoir plus sur le passé d’El Jadida et de sa région. C’est en découvrant mes livres, mes articles ou lors de nos rencontres qu’elles me sollicitent. Leurs demandes sont variées : certaines cherchent des traces de leur famille, d’autres des faits historiques précis ou des détails sur la généalogie des familles de la ville.
Depuis l’année 2023, cette dynamique s’est particulièrement intensifiée avec l’arrivée de nombreux futurs architectes, marocains et français, qui trouvent dans mes publications une base documentaire et analytique pour leurs projets de fin d’études. J’ai eu ainsi le plaisir de transmettre mon travail aux futurs architectes lors de conférences, notamment à l’Institut Français pour des délégations d’écoles parisiennes comme l’ÉSA Paris-Malaquais ou Paris-Val de Seine. Je conseille souvent des étudiants marocains et étrangers en phase finale de leur cursus quand ils s’intéressent à cette région. Pour nourrir leurs recherches, je mets à leur disposition mes archives personnelles : les numéros des Cahiers d’El Jadida, des ouvrages de référence ou des photos anciennes. Ce partage documentaire se double d’un dialogue critique au cours duquel je donne mon avis sur leurs intentions architecturales, afin qu’ils respectent l’âme et l’histoire des bâtiments concernés.
Dans cette même lignée, j’ai animé une rencontre au profit des étudiants de l’École nationale d’architecture de Rabat (ENA) et de l’École nationale supérieure d’architecture de Paris-Malaquais. Cet échange, qui a porté sur le thème « El Jadida entre terre et mer », s’est déroulé dans la salle de l’Institut français le mercredi 12 novembre 2025. Et plus récemment, le mardi 24 mars 2026, j’ai également animé un nouvel échange avec de jeunes architectes sur le thème : « El Jadida, Terre d’accueil, Souffle marin ».
Cet accompagnement se traduit par des projets de fin d’études (PFE) ambitieux sur des sites emblématiques. Je pense notamment à Khadija Mihrane qui travaille sur le site de Sidi El-Ayachi, à Radia Raghibi qui se penche sur un édifice datant du Protectorat, ou à Ouchala Soukaina et Maroua Gourine dont les recherches portaient sur la Cité portugaise. Cette dernière m’a d’ailleurs sollicité pour des documents précis sur la forteresse afin de concevoir un plan d’intervention urbain respectueux de la dynamique historique du lieu. L’intérêt s’étend aussi au port d’El Jadida avec Park Sun Young, qui étudie l’un des bâtiments pour le transformer en espace de restauration.
L’attractivité de notre patrimoine suscite un intérêt international croissant. Des étudiants tels que Quentin Piot-Pilot, Andréas Floras ou Romain Desnoë, venus visiter la ville en novembre 2025 – se sont notamment penchés sur l’ancien hôtel de France. Face à la rareté des sources documentaires, mes travaux leur offrent souvent quelques jalons historiques pour orienter leurs recherches. Il est gratifiant de voir ces échanges porter leurs fruits sur le long terme : si certains sont encore en phase d’étude, d’autres, comme Rim Essebah, sont désormais diplômées et exercent à Rabat. Cela prouve que ce pont entre littérature, archives et architecture façonne une nouvelle génération de bâtisseurs conscients de leur héritage.
Cette dynamique de transmission prend parfois une dimension institutionnelle et conservatoire. Le 27 janvier 2026, j’ai été sollicité par l’architecte paysagiste Kaoutar Mellouki, pour l’aider à rassembler des données historiques sur un ancien édifice touristique.
Il est tout aussi encourageant de constater que la série des Cahiers d’El Jadida, qui entre dans sa 33ème année, fait preuve d’une utilité manifeste. Elle constitue désormais une référence qui essaie de répondre aux attentes des étudiants en histoire, en géographie ou en littérature, mais également de ceux en architecture. En contribuant ainsi à combler un manque documentaire régional, elle offre aux chercheurs et aux bâtisseurs de demain des outils utiles pour comprendre et préserver notre héritage.
Jmahrim()yahoo.fr
Légende photo : Mustapha Jmahri à l’Institut français d’El Jadida avec de futurs architectes

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