1965 : Tel un phénix, le DHJ renaît de ses cendres pour écrire l’une des plus belles pages de son histoire

Il est des saisons qui ne ressemblent à aucune autre. Des saisons où un club frôle le précipice avant de se réinventer, de se relever, et d’embrasser, presque malgré lui, son destin. Celle du Difaâ, au milieu des années 60, appartient à cette catégorie rare, où le football se mêle à l’histoire et à une certaine idée du panache.
Tout commence en 1964. Le DHJ, alors pensionnaire de la deuxième division, tangue dangereusement. La relégation en troisième division n’est pas une menace abstraite : elle est là, tangible, à portée de faux pas. Le club ne doit son salut qu’à un sursaut in extremis, une résistance presque instinctive.
Mais l’été suivant ouvre une parenthèse inattendue. Un homme prend les rênes : Mohammed Mediouri, officier de police à El Jadida et joueur du club. Sous son impulsion, le DHJ change d’identité et devient l’ASPDH (Association Sportive de Police Difaâ Hassani). Une mutation à la fois institutionnelle et humaine, marquée par l’arrivée massive de policiers dans l’effectif. Sur le papier, l’idée intrigue ; sur le terrain, elle déraille. Trois défaites d’entrée de saison plongent le club dans le doute.
C’est alors qu’intervient un autre tournant, presque romanesque. Lyazid Chergui, procureur du Roi et figure d’autorité dans une ville qui ne compte pas encore de gouverneur, convoque une assemblée extraordinaire. Mais au-delà du geste institutionnel, c’est un acte d’engagement total. Chergui ne se contente pas de reprendre le club en main : il s’y investit corps et âme, y compris financièrement, n’hésitant pas à puiser dans ses propres ressources pour combler les manques, payer les déplacements, équiper les joueurs, et offrir à cette équipe vacillante un minimum de stabilité.
À une époque où les structures sont fragiles et les moyens limités, son action relève presque du mécénat. Homme de loi, il est aussi un homme de foi, foi dans le sport, dans sa capacité à élever une jeunesse, à structurer une ville, à donner un horizon. Une foi inébranlable qui ne se mesure ni en discours ni en promesses, mais en actes concrets, souvent discrets, toujours décisifs.
Sous son impulsion, le club retrouve son nom, et plus encore, une identité. Chergui impose une discipline, une rigueur, mais aussi une vision : celle d’un football intelligent, formateur, tourné vers l’avenir. Il fait un pari audacieux, presque à contre-courant : celui de la jeunesse. Il remodèle l’équipe autour de lycéens prometteurs, encore inconnus du grand public mais riches d’un talent brut. Parmi eux, des noms appelés à marquer la mémoire locale : Mohammed Maâroufi, Mustapha Moubarik, Mohammed Bouâtra, Abdellatif Chiadmi… Une génération spontanée, presque insouciante, qui va transformer la fragilité en force.
La métamorphose est spectaculaire. Le DHJ enchaîne les performances, retrouve une cohésion, un style, une âme. Mieux encore : il ne perd plus un seul match jusqu’à la fin de la saison. La presse marocaine, séduite par cette équipe studieuse et inspirée, lui colle une étiquette aussi flatteuse qu’inhabituelle : le Club des Intellectuels.
Et pourtant, le rêve semble devoir s’arrêter là. Malgré ce parcours éclatant, l’accession en première division échappe au DHJ. Le Raja Béni Mellal s’impose dans le pôle Sud, tandis que le KAC domine au Nord. Le club jdidi paie cash son début de saison chaotique.
Puis survient l’imprévisible, comme souvent dans les grandes histoires. Un match de première division entre les FAR et le MAS dégénère en affrontements. La sanction tombe : les FAR sont exclus du championnat et redirigés vers une compétition inter-militaire. Une place se libère dans l’élite.
Le DHJ tient alors sa revanche. Un barrage est organisé face à la Youssoufia de Rabat. Sur le terrain du stade Philip a Casablanca, il n’y a pas de place pour le doute : les Doukkalis s’imposent 3-0, avec autorité. Cette fois, c’est fait. Pour la première fois de son histoire, le DHJ accède à la première division.
Comme un clin d’œil du destin, cette même année, le trio Moubarik, Bouâtra et Maâroufi, tous élèves au lycée Ibn Khaldoune, s’illustre aussi en remportant le championnat scolaire du Maroc de football à 7, l’ancêtre du futsal. Preuve que cette génération avait décidément quelque chose de singulier.
Aujourd’hui encore, ces souvenirs résonnent avec une douceur particulière. Celle d’un football d’instinct et de passion, où les destins basculaient en quelques semaines, et où une bande de jeunes lycéens pouvait, à force de talent et d’audace, écrire l’une des plus belles pages de l’histoire d’un club.

Abdellah Hanbali

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