À l’heure où le Difaâ Hassani d’El Jadida joue des matches à haute tension, une interrogation revient avec insistance : que reste-t-il de ces publics organisés censés faire vibrer les tribunes du stade El Abdi ?
Le constat est difficile à contourner. Dans une période où les jeunes joueurs du DHJ ont un besoin vital de soutien pour se surpasser, les gradins, eux, résonnent d’un silence pesant. Les groupes ultras, à l’image de Dos Kallas ou Cap Soleil, se font rares. Une absence revendiquée comme un message. Mais un message qui ressemble davantage à un bras de fer, une forme de pression visant dirigeants et décideurs, conditionnant leur retour à la satisfaction d’exigences multiples.
Pourtant, il n’en a pas toujours été ainsi. Entre les années 70 et 90, bien avant l’ère des ultras structurés, il existait un seul et même public : compact, fidèle, incandescent. Un public qui soutenait sans calcul, que le vent souffle dans le bon sens ou non. À cette époque, le stade El Abdi n’était pas qu’une enceinte sportive, mais une véritable forteresse populaire, où chaque match se jouait aussi dans les tribunes.
Puis, avec la montée en puissance du football national et les intérêts financiers qui l’ont accompagné, d’autres dynamiques ont émergé. Derrière certaines banderoles et slogans, des luttes d’influence se sont peu à peu installées. Des figures de l’ombre, agissant en coulisses, ont parfois instrumentalisé ces groupes pour peser sur des décisions sportives ou administratives : limogeage d’un entraîneur, pression sur un président, ou simple stratégie de déstabilisation avant de se poser en recours providentiel.
Le résultat est aujourd’hui visible : un climat délétère qui a progressivement vidé les tribunes de leur substance. Le stade El Abdi, autrefois volcanique, s’est éteint par intermittence. Et avec lui, une part de l’âme du club.
Ce silence pèse lourd. Il est ressenti comme une fracture par les supporters de toujours, ceux qui continuent de croire que le rôle premier d’un public est d’être là. Présent, tout simplement. Pour encourager, pour porter, pour insuffler cette énergie invisible capable de faire basculer un match.
Car soutenir n’interdit pas de revendiquer. Bien au contraire. La contestation a toute sa place dans un stade, à condition qu’elle reste vivante, visible et responsable. Une banderole, un chant engagé, une protestation assumée mais respectueuse : autant de formes d’expression qui participent au spectacle sans l’abandonner.
Le DHJ n’a que faire des soutiens virtuels. Les réseaux sociaux ne gagnent ni duels ni matches. Ce que le Difaâ attend, c’est ce souffle venu des tribunes, cette ferveur brute qui transcende les joueurs.
Aujourd’hui, c’est tout un club, et au-delà, toute une ville, qui attend de retrouver son public. Celui qui ne négocie pas sa présence, mais qui la vit comme une évidence.
Abdellah Hanbali
