Zouhair n’est plus. Ce jeune homme, amputé d’une main et en quête d’une simple licence de kiosque pour subvenir à ses besoins, s’est éteint ce lundi matin à l’hôpital Ibn Rochd de Casablanca, après s’être immolé par le feu la veille à Sidi Bouzid. Son geste désespéré n’est pas qu’un drame personnel : il incarne l’échec d’un système local rongé par l’injustice et le favoritisme.
Car derrière les larmes et la compassion, il y a des responsabilités. Depuis des années, la distribution des kiosques et des autorisations d’exploitation se déroule dans une opacité qui nourrit toutes les frustrations. Les élus et responsables locaux, censés garantir l’équité, ont transformé ces petits projets de survie en instruments clientélistes, réservés à leurs proches et à ceux qui savent « frapper aux bonnes portes ». Pendant ce temps, des citoyens vulnérables comme Zouhair se heurtent à un mur de refus et de mépris.
La situation va plus loin : certains n’hésitent pas à détourner l’espace public à leur profit, allant jusqu’à louer des jardins municipaux pour les transformer en cafés-restaurants, dans l’indifférence totale. Une politique du deux poids deux mesures, où l’enrichissement personnel passe avant l’intérêt collectif et où la dignité des plus modestes n’a plus de place.
La tragédie de Sidi Bouzid n’est donc pas un accident isolé. Elle est le fruit d’un abus de pouvoir chronique et d’un mépris flagrant pour la justice sociale. En laissant prospérer ces pratiques, on creuse un fossé de plus en plus profond entre les citoyens : d’un côté, les privilégiés qui tirent profit des faveurs, et de l’autre, une majorité laissée-pour-compte qui voit ses rêves s’éteindre.
Avec la mort de Zouhair, c’est un signal d’alarme qui retentit : trop, c’est trop. La société locale ne peut plus fermer les yeux sur ces dérives. Les élus doivent rendre des comptes, et la gestion des projets de proximité doit être revue de fond en comble, sous le sceau de la transparence et de l’équité. Faute de quoi, d’autres tragédies viendront rappeler, dans la douleur, ce que coûte l’injustice.
Abdellah Hanbali
