El-Jadida: l’improvisation qui coûte à une ville


Il y a près de quarante ans, la place El Hansali avait connu une transformation qui, à l’époque, avait suscité curiosité, espoir et même une certaine fierté.
Sous l’impulsion du président du conseil communal de l’époque, feu Mohammed Al Masmoudi, l’espace avait été entièrement carrelé et aménagé, dans un esprit inspiré de la célèbre rue piétonne casablancaise :« Prince ».
On voulait donner un souffle de modernité au cœur de la ville. On rêvait, peut-être, d’une place où l’on flâne, où l’on s’arrête, où l’on se rencontre. Un morceau de ville rendu aux piétons.
Mais le rêve fut de courte durée.
Quelques mois à peine après son inauguration, le décor commença déjà à disparaître. Le carrelage, mal posé par endroits, ne résista pas longtemps. Les petites fontaines décoratives, qui fuyaient dès leurs premiers jours et ne furent jamais véritablement remises en marche, devinrent rapidement les vestiges d’une ambition mal préparée.
Puis se posa le problème de la fluidité de la circulation. Et pour tenter de désengorger un centre-ville déjà asphyxié, on démantela ce qui venait à peine d’être réalisé.
Feu Masmoudi venait de carreler l’artère principale d’une ville avant de la rendre quelques mois plus tard à la circulation automobile : voilà une manière pour le moins singulière de concevoir l’aménagement urbain. Et surtout, une manière particulièrement coûteuse de faire et de défaire avec l’argent public.
Ce qui interpelle, c’est l’absence apparente d’études sérieuses avant de dépenser, d’aménager, puis de démanteler. C’est cette désinvolture avec laquelle l’argent public peut être engagé dans un projet avant qu’on ne se demande réellement s’il correspond aux besoins de la ville.
Presque quarante ans ont passé. Et pourtant, l’histoire a recommencé.
Aujourd’hui encore, à El Jadida, on commence par démolir, raser, arracher, supprimer… avant de se demander ce que l’on fera ensuite.
Pas d’abord une vision.
Pas d’abord une étude.
Pas d’abord un projet cohérent.
Mais d’abord le bulldozer.
Puis viendront, peut-être, les idées.

C’est précisément pour cela que la vieille histoire de la place El Hansali mérite d’être racontée aujourd’hui.
Non par nostalgie d’un aménagement imparfait, mais parce qu’elle ressemble étrangement à une leçon que la ville n’aurait jamais apprise.
Une ville ne se construit pas au gré des improvisations successives. Elle ne peut être un chantier permanent où l’on dépense, démolit, recommence et redépense, comme si la mémoire collective n’existait pas.
El Jadida mérite mieux que cette politique du « on verra après ».
Car à force de petites décisions prises sans vision d’ensemble, de destructions sans projet clairement défini et d’aménagements sans lendemain, ce n’est pas seulement de l’argent public que l’on dilapide.
C’est quelque chose de beaucoup plus précieux : l’âme d’une ville.
Et pendant que certains semblent jouer avec son présent, c’est son avenir qu’ils mettent, morceau après morceau, en péril.
La place El Hansali n’est peut-être finalement que le vieux miroir d’une histoire qui se répète : celle d’une ville que l’on transforme avant même de savoir ce que l’on veut en faire.
Abdellah Hanbali

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