El-Jadida : quelle fraîcheur sous l’étiquette ?

Il y a, dans certains supermarchés d’El-Jadida, une étrange poésie de l’attente. Celle des fruits et des légumes qui semblent parfois avoir oublié le chemin de l’arrivage, languissant plusieurs jours dans leurs bacs, sous les lumières blanches des rayons.

On choisit, on hésite, on soupèse… et l’on finit par faire confiance à cette petite date imprimée sur l’emballage, comme à une promesse : à consommer avant telle date. Mais la fraîcheur, elle, ne se laisse pas toujours enfermer dans une étiquette.

Prenez les pains à sandwich. On vérifie machinalement la date, rassuré par quelques chiffres bien alignés. Puis on rentre chez soi, on ouvre le paquet, on en avale un premier… avant de découvrir, sur les suivants, de petites taches verdâtres et duveteuses.

La moisissure était là, silencieuse, tapie derrière l’emballage. Et voilà que la jolie promesse de fraîcheur prend soudain un goût amer. Quant aux risques sanitaires liés à certaines moisissures et à leurs toxines, ils ne sont évidemment pas à prendre à la légère.

Retour au magasin, donc. Le détaillant compatit, échange le produit ou le rembourse, parfois avec un étonnement sincère : « Mais pourtant, monsieur, il n’est pas périmé ! »

Justement. C’est peut-être là que commence le problème : un produit peut être dans les temps sans être réellement frais.

Alors, que faire ?

Regarder l’étiquette avant l’achat reste un réflexe utile. Mais pouvoir examiner réellement le produit, lorsque cela est possible, serait encore plus rassurant. Seulement voilà : dans l’univers aseptisé des emballages et des rayons impeccablement alignés, le consommateur ne peut pas toujours toucher, sentir ou observer ce qu’il achète.

C’est peut-être l’une des raisons pour lesquelles certains préfèrent encore les souks et les marchés populaires. Là, les fruits et les légumes sont à portée de main. On les retourne, on les palpe, on les respire presque. Nos vieilles mains de consommateurs deviennent alors de petits instruments de contrôle, imparfaits certes, mais parfois plus éloquents qu’une date imprimée.

Cela ne signifie évidemment pas que les souks garantissent, par magie, une qualité irréprochable ou une fraîcheur à toute épreuve. Loin de là.

Mais au moins, la marchandise y est souvent plus visible, plus accessible, plus palpable.

Et dans un monde où tout semble désormais soigneusement emballé, étiqueté et daté, il reste peut-être quelque chose de rassurant dans le simple fait de pouvoir regarder ce que l’on s’apprête à mettre dans son panier… avant de le mettre dans son assiette.

Abdellah Hanbali

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