Chez Abderrahim Cheqrouni, le fil n’est plus seulement une matière : il devient une écriture, une couleur, un souffle.
Banquier de carrière et autodidacte, l’artiste découvre l’art du fil à l’âge de 70 ans, comme si une passion longtemps silencieuse avait attendu son heure. Peut-être était-elle déjà là, quelque part dans les souvenirs de son enfance, auprès de sa grand-mère Lalla Zhor, qui travaillait la sabra et la sfifa pour confectionner les caftans. Les fils multicolores du patio sont devenus, des décennies plus tard, les matériaux d’un nouveau langage.
Dans ses œuvres, Cheqrouni sait aussi bien suggérer une silhouette en quelques traits que faire surgir un cheval dans une explosion de formes et de couleurs. D’un côté, la sobriété du trait, quelques lignes noires et touches de rouge suffisent à faire naître une danse. De l’autre, dans « Cheval rebelle », le fil se déchaîne : formes géométriques, couleurs contrastées, crinière en mouvement… l’animal semble vouloir sortir du cadre.
Deux expressions différentes, mais une même quête : faire vivre le mouvement et laisser parler l’émotion.
L’artiste ne cherche pas toujours à tout montrer. Il suggère, fragmente, laisse des espaces au regard. Le fil devient alors contour, volume, lumière et mémoire.
Et dans cette aventure commencée à l’automne d’une vie, il y a quelque chose de profondément poétique : comme si les fils de l’enfance, après avoir dormi pendant des décennies, s’étaient enfin remis à rêver.
Abderrahim Cheqrouni expose ses toiles a l’Institut français d’El-Jadida jusqu’au 26 seotembre.
Abdellah Hanbali
Cheqrouni, l’artiste-peintre qui fait rêver le fil
