L’Humain d’abord


Par Abdellah Hanbali
À force de parler de développement, nous avons fini par oublier celui qui devrait en être le point de départ : l’Homme.
Une ville ne se résume ni à ses avenues, ni à ses façades repeintes, ni aux feux d’artifice qui illuminent quelques soirées d’été. Son véritable visage est celui de ses habitants. Lorsqu’ils s’éteignent intérieurement, la ville s’éteint avec eux.
La pire des misères n’est pas celle du porte-monnaie. C’est celle de l’esprit. Car lorsqu’une société cesse d’élever les consciences, elle prépare lentement son propre déclin.
On nous parle de festivals, de spectacles, d’animations et de communication. On distribue des affiches, on monte des scènes, on applaudit quelques vedettes avant de démonter les estrades et d’éteindre les projecteurs.
Mais une fois la musique terminée, que reste-t-il ?
Des bibliothèques fermées. Des cinémas disparus. Aucun conservatoire public de musique. Des maisons de jeunes qui meurent lentement. Des théâtres absents. Une jeunesse qui ne trouve plus ni repères ni rêves.
La culture n’est pas une fête. C’est une semence.
Elle ne s’évalue pas au nombre de concerts organisés, mais au nombre de citoyens qu’elle fait grandir.
À quoi servent les festivals lorsqu’ils résonnent dans des villes privées des équipements culturels les plus élémentaires ?
À quoi sert de célébrer le cinéma lorsqu’il n’existe plus la moindre salle pour le faire vivre ?
Et quel sens donner à tous ces discours sur le tourisme lorsqu’une ville ne parvient même pas à offrir des toilettes publiques dignes de ce nom ?
À force de privilégier le spectacle, nous avons oublié l’essentiel.
L’investissement le plus rentable n’a jamais été le béton. Il s’appelle l’Homme.
Les grandes nations l’ont compris depuis longtemps. Les usines les plus modernes, les ports les plus performants ou les technologies les plus avancées ne valent rien si elles ne sont pas portées par des citoyens instruits, responsables et conscients de leur rôle.
Chez nous, l’Homme continue pourtant d’être relégué au second plan. Il est marginalisé, découragé, sous-payé, parfois humilié. Puis on s’étonne de voir les rues envahies par la mendicité, la drogue, la violence, l’errance et le désespoir.
Nos villes deviennent le miroir de nos renoncements.
Azemmour chante le Malhoun pendant que la criminalité progresse. D’autres célèbrent la culture tandis que leurs jeunes ne rêvent plus que d’un passeport, d’une embarcation de fortune ou d’un billet sans retour.
Voilà le véritable drame.
Nous avons appris à organiser des fêtes, mais nous avons oublié de construire des citoyens.
Nous avons appris à inaugurer, mais nous avons cessé d’éduquer.
Nous avons appris à communiquer, mais nous ne savons plus transmettre.
Le développement ne commence ni dans un bureau, ni sur une scène, ni sous les applaudissements. Il commence dans une salle de classe, dans une bibliothèque, dans un conservatoire, dans un théâtre, dans une maison de jeunes… partout où un enfant découvre qu’il vaut davantage que ce que la rue veut faire de lui.
Une société qui néglige son capital humain ressemble à un arbre qui arrose ses feuilles tout en laissant mourir ses racines.
Et lorsque les racines meurent, aucun festival, aussi brillant soit-il, ne pourra empêcher l’arbre de tomber.

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