Chronique de Mustapha Jmahri : Fernand Blanchet, administrateur des colonies décédé à El Jadida


L’histoire de Fernand Blanchet, décédé à El Jadida en 1949, aurait pu rester dans l’anonymat. C’était sans compter sur la vigilance de Lucie Guyaux, membre de l’association du cimetière européen d’El Jadida, qui milite activement pour rechercher les descendants des anciens résidents et faire revivre leur souvenir. Dans le cas présent, grâce à ses précieux échanges de courriels, Lucie Guyaux a réussi à entrer en contact avec le petit-fils du défunt, Jean-Claude Xetxu, vivant en France. Ce dernier lui a fourni les pièces originales du registre de Bône de 1886 et l’acte de décès officiel de Mazagan, ce qui a permis d’éclairer précisément son parcours. Les éléments biographiques qui suivent dans cet article ont ainsi été transmis par le petit-fils à Madame Lucie Guyaux.
C’est sous le soleil de la côte constantinoise que commence l’histoire de Fernand Daniel Léopold Horace Blanchet. Les registres de l’état civil de Bône (Annaba en Algérie) indiquent qu’il y voit le jour le 22 avril 1886 (acte enregistré le 24 avril). Son père, François Jean-Louis Léopold, et sa mère, Jeanne Dominique Micheline Fadda, sont tous deux instituteurs.
Élevé dans le culte du service public, le jeune Fernand grandit à Bône où il fonde plus tard sa propre famille. Le 3 septembre 1920, il y épouse Marie Adrienne Marcelle Louise Ivane Moncaup (1898-1948). De cette union naissent deux filles : Jeannine (qui épousera Louis Guesquiere) et Yeli. Cette dernière, en épousant Louis Xetxu, va donner le point de départ à une lignée familiale comptant douze petits-enfants, dont sont issues les familles Xetxu, Kungas et Guesquiere.
Lors du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, Fernand Blanchet est en poste en Afrique Équatoriale Française (AEF). Refusant catégoriquement l’armistice de juin 1940, il prend une décision qui va sceller son destin. Dès le mois d’août 1940, il choisit officiellement le camp de la Résistance en s’engageant dans les Forces Françaises Libres (FFL). Rattaché à l’affectation principale « Terre Leclerc – Afrique », il participe activement au ralliement de l’Afrique coloniale autour du général de Gaulle. Cet acte de bravoure précoce lui vaudra d’être répertorié à la ligne 5947 de la célèbre liste d’Henri Ecochard, qui recense les premiers volontaires de la France Libre.
Son engagement dans la Résistance accélère son évolution administrative au sein de la France Libre. Par décret paru au Journal officiel de la France Libre le 14 juillet 1942, il est promu au grade d’administrateur de 2ème classe. Il poursuit son ascension après-guerre : un décret du 24 mai 1947, publié au Journal officiel de l’AEF, le nomme administrateur de 1ère classe. Il terminera sa carrière avec le titre d’Administrateur en chef des colonies, grade qui demeure gravé pour l’éternité sur sa sépulture.
Les rivages de Mazagan
Après une riche carrière coloniale, notamment en Oubangui-Chari (actuelle République centrafricaine), l’heure de la retraite sonne pour l’administrateur en chef. Séduit par le Maroc, il choisit la cité portuaire de Mazagan (El Jadida) pour s’y installer avec son épouse. Selon les précieux souvenirs de son petit-fils transmis à madame Lucie Guyaux, le couple réside alors au cœur même de la vieille forteresse historique, dans le périmètre de la cité portugaise.
Le destin frappe durement la famille à la fin des années 1940. Son épouse, Ivane Moncaup, s’éteint en 1948. Frappé par le deuil, Fernand Blanchet la suit seulement un an plus tard : il décède à El Jadida le 27 février 1949, à l’âge de 62 ans. Son corps repose depuis lors au cimetière européen de la ville, veillé par le souvenir enfin retrouvé des siens.

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