El Jadida : la place aux mille reflets perdus

C’était une époque où la lumière du soleil dansait sur le cuivre et le laiton, où chaque objet exposé racontait une histoire, patinée par le temps et la main des artisans.
Cette place, située juste en face de la Cité Portugaise, vibrait autrefois d’un éclat unique, celui des lampes, samovars, plateaux et théières alignés comme une armée d’or et de mémoire.
Mais plus qu’un marché, c’était un théâtre vivant. Après la prière d’El Asr, la place se transformait en scène pour la Halqa, cet art ancestral du conte et de la parole.
Les maîtres de la halqa, véritables troubadours de l’oralité, y faisaient rire, rêver, réfléchir. Leurs voix s’élevaient entre les troncs tordus des arbres et les murs ocre de la forteresse, avant de se perdre dans la brise venue de l’océan.
Puis, un jour, le silence s’est installé. Au milieu des années 80, la place s’est vue recouverte d’un bitume anonyme. Un parking a pris la place du rêve, remplaçant les échos des conteurs par les klaxons et les moteurs.
Et pourtant, pour qui ferme les yeux en passant par là, il reste comme un murmure… celui d’une ville qui se souvient encore de son âme. Une place qui fut bien plus qu’un lieu, une mémoire vivante, un joyau du Patrimoine Culturel Immatériel de l’Humanité.

Abdellah Hanbali

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