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Il y a presque un siècle, El Jadida était une ville moderne, élégante et remarquablement propre.
Une cité tournée vers l’avenir, où l’urbanisme, les espaces verts et la qualité de vie témoignaient d’une véritable ambition.
Cette photographie, prise devant le parc Spinney et le club de tennis, en est l’un des plus émouvants témoignages.
À cette époque, la ville respirait la sérénité. Les avenues étaient soignées, les jardins entretenus, et chaque pierre semblait raconter une histoire de raffinement. On y flânait sans hâte, porté par la douceur de l’air marin et une insouciance aujourd’hui disparue.
Puis le temps a changé. Les promesses de développement ont peu à peu cédé la place aux calculs électoralistes, aux intérêts particuliers, aux zerkallafs et aux innombrables magouilles.
Ceux qui avaient pour mission de bâtir la ville se sont trop souvent employés à la défigurer.
Le patrimoine a été négligé, les espaces publics sacrifiés et l’élégance d’hier s’est lentement effacée sous le poids de l’improvisation et de la médiocrité.
Cette photographie est un miroir tendu à notre époque. Elle rappelle avec une infinie mélancolie ce qu’El Jadida fut, mais aussi tout ce qu’elle aurait pu devenir si elle avait été confiée à des femmes et des hommes guidés par l’intérêt général plutôt que par leurs intérêts personnels.
Aujourd’hui, en contemplant cette scène figée dans le temps, on ne peut s’empêcher d’éprouver ce pincement au cœur propre aux villes que l’on aime profondément.
El Jadida n’a pas seulement vieilli. Elle a été trahie. Et c’est sans doute cela qui rend sa nostalgie si douloureuse.
Abdellah Hanbali
