Chronique de Mustapha Jmahri : Disparition de Sété Dahan, une ancienne de Mazagan


Sété Dahan, née à El Jadida de parents natifs d’Essaouira et d’Azemmour, s’est éteinte le 30 septembre 2026 à l’âge de 89 ans à Toulouse. Issue d’une lignée marocaine établie depuis plusieurs générations, elle était l’aînée d’une famille de sept enfants. Durant son enfance, la famille passait régulièrement ses vacances d’été chez les grands-parents maternels à Azemmour.
À cette époque du Protectorat, la famille vivait très modestement, à l’instar de nombreuses autres familles marocaines, juives ou musulmanes. Son père était un petit commerçant qui empruntait le car pour se rendre dans les différents souks des Doukkala. Il revenait en fin d’après-midi avec un couffin rempli de légumes, de raisins et de figues. À la maison, ses parents ne parlaient que le darija marocain, unique langue qu’ils maîtrisaient. Sété n’apprit le français qu’au cours de sa scolarité à l’école de l’Alliance Israélite Universelle, alors dirigée par M. Sion. Elle y obtiendra son certificat d’études primaires en 1954.
De 1953 à 1955, elle travailla également à El Jadida chez M. Calcidonio Zanca, un entrepreneur de maçonnerie de l’avenue Moulay Abdelhafid (ancienne av. Commandant Lachèze). Elle gardera un souvenir ému de cette famille et de leur fille Suzanne, qui lui prêta généreusement sa propre robe de mariée, Sété n’ayant pas les moyens de s’en offrir une. Plus tard, en lisant mon ouvrage « El Jadida, destins croisés », Sété eut la surprise de découvrir à la page 99 le nom de Suzanne Gicquel (née Zanca), ravivant en elle ces précieux souvenirs d’entraide et de jeunesse à Mazagan.
La famille habitait dans la médina d’El Jadida, au niveau de la rue 321, juste derrière le cinéma Métropole (rebaptisé cinéma Rif à l’Indépendance). Le mur de leur maison étant mitoyen de celui du cinéma, Sété pouvait entendre distinctement les chansons des films projetés, notamment les succès de Tino Rossi comme « Petit Papa Noël » à la fin des années 1940. La maison familiale comptait plusieurs chambres. En été, le père en louait certaines à des résidents de passage, comme un pêcheur espagnol travaillant au point -installé à un poste de pèche fixe-ou une Française accompagnée de sa fille. La famille entretenait d’excellentes relations de voisinage avec les familles musulmanes du quartier Bendriss.
Après son mariage à El Jadida en 1956 avec Joseph Dahan, un appelé militaire français, la vie de Sété prit un nouveau tournant lorsqu’elle s’installa à Rabat. Son père la rejoignit peu après dans la capitale pour y ouvrir un garage spécialisé dans l’entretien des pneumatiques au cœur du quartier Hassan.
À Rabat, Sété trouva un emploi au ministère des Affaires étrangères au sein de la division Europe, sous la direction de M. Chorfi et sous la houlette du ministre Ahmed Balafrej. Elle y côtoya une autre native d’El Jadida, la fille de Benallal, dont le père possédait l’un des premiers magasins d’électroménager de leur ville natale. Sété quitta ensuite le ministère pour intégrer l’Office des Changes sous la direction de M. Skalli. Son mari, quant à lui, travailla à la Société Africaine de Filature et Tissage (SAFT) sur l’avenue de Témara, avant de perdre son emploi au moment de l’Indépendance.
En 1963, le couple décida de s’installer en France. Les débuts furent particulièrement difficiles. Malgré la nationalité française de son époux, ils ne reçurent aucune aide matérielle à leur arrivée. Le destin bascula positivement à Toulouse lorsqu’elle rencontra M. Chemaou, un ancien résidant du Maroc et directeur d’une société de matériel agricole. Touché par leurs origines communes, il l’embaucha immédiatement avant de recruter également son mari. Témoignant d’une fidélité exemplaire, elle restera liée à cette entreprise pendant une trentaine d’années jusqu’à sa retraite, gravissant les échelons pour finir sa carrière comme chef du personnel de la société.
Légende photo : Photo de mariage de Sété Dahan à El Jadida en 1956
jmahrim()yahoo.fr

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