Chronique de Mustapha Jmahri : Henri Mondain, du sillage de Gallieni aux haras d’El-Jadida

Le cimetière européen d’El Jadida recèle des fragments d’histoires singulières, des trajectoires de vie d’une époque ancienne. Parmi ces sépultures discrètes se trouve celle d’un officier au parcours unique : le commandant Henri Aimé Jean Mondain (Mondain-Léonetti). Décédé à Mazagan le 1er février 1935 à l’âge de 58 ans, cet homme fut un témoin des grands déploiements coloniaux français, de l’Algérie à Madagascar, avant de lier ses dernières années au destin équestre de la région des Doukkala.
Ce récit mémoriel a pu être exhumé grâce à la collaboration précieuse de Lucie Guyaux, membre active de l’Association du cimetière européen d’El Jadida. En me transmettant ces précieuses données d’archives ainsi que le portrait de l’intéressé – issues de ses recherches et des données de la « Généalogie de Kallikrates » sur Geneanet -, elle œuvre activement à faire revivre les visages oubliés de la cité. Les recoupements biographiques ont également été rendus possibles par l’examen visuel direct de l’épitaphe gravée sur la dalle funéraire, au cimetière européen.
Né le 5 avril 1876 à Sétif, en Algérie, Henri Mondain choisit très jeune l’univers de la cavalerie. Engagé dans les Chasseurs d’Afrique au milieu des années 1890, il gravit rapidement les échelons : brigadier-fourrier, puis maréchal des logis. Sa rigueur lui vaut une distinction : en mai 1900, il est choisi pour être le porte-fanion personnel du général Gallieni, alors gouverneur général de Madagascar. Cette proximité avec l’une des figures majeures de l’armée française marque le début d’une carrière d’officier d’élite, confirmée par son accession au grade de sous-lieutenant au 3e Chasseurs d’Afrique, puis de lieutenant porte-étendard.

L’appel du Maroc
Après un passage par différents régiments de dragons et de hussards en métropole et en Algérie – période durant laquelle il épouse Louise Noguès à Mascara en 1903 -, la Première Guerre mondiale redéfinit son affectation. Promu capitaine en décembre 1914, il est mis à la disposition du résident général du Maroc dès janvier 1916.
C’est dans l’Empire chérifien que le capitaine Mondain va déployer sa véritable spécialité : le service des Remontes et des Haras. Fin connaisseur du monde équin, il prend en septembre 1917 le commandement de la 3e Compagnie de cavaliers de remonte et haras marocains. Son action à l’encadrement des troupes auxiliaires et au développement des élevages lui vaut de solides reconnaissances : il est fait Chevalier de la Légion d’honneur, Chevalier du Mérite agricole, et décoré du 4e rang de l’Ordre du Croissant Alaouite chérifien, en plus de la Croix de Guerre.
Après avoir exercé comme officier acheteur pour les dépôts de remonte, c’est à El Jadida qu’il achève sa course le 1er février 1935. Sa présence dans la cité côtière n’avait rien d’un hasard : la région des Doukkala, riche de sa tradition cavalière et de ses élevages, était un point névralgique pour les officiers des Remontes.
Aujourd’hui, sa sépulture en marbre gris veiné, bien que marquée par une fissure transversale et patinée par le temps, livre encore aux visiteurs son épitaphe gravée. Celle-ci révèle qu’il termina sa carrière militaire avec le grade de commandant.
Jmahrim()yahoo.fr

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