Chronique de Mustapha Jmahri : Sur les pas de la famille Carbone à El Jadida


Pour la toute première fois, Charlotte Espinosa a posé le pied sur la terre marocaine. Bien plus qu’une simple escale, ce voyage résonne comme un retour aux sources de son identité, une immersion dans la lignée des Carbone. Elle est venue à El Jadida sur les traces de sa grand-mère, Yvette Aubry, et de sa mère, Marie-Claude Rey Leschier, toutes deux natives de la cité – sa mère y ayant vu le jour en janvier 1956. Cette épopée familiale s’ancre dans les années 1930, lorsque ses aïeux d’origine italienne, Nicolas, ébéniste de métier, et Françoise Carbone, née Polonia, s’installèrent à Mazagan au terme d’un long périple entamé depuis Trani, via l’Algérie.
À Mazagan-El Jadida, les Carbone s’imposèrent comme des figures connues de la vie locale. Autour de Nicolas et Françoise, la fratrie – composée des deux fils, Louis et Salvatore dit « Toto », et des quatre filles, Carmela, Joséphine, Lucienne et Catherine – anima le quotidien de la cité. Leur emblématique « Café des Sports », qui jouxtait l’ancien cinéma Rif, s’est aujourd’hui effacé du paysage, mais l’âme de leur présence demeure gravée dans les pierres de la ville.
Le point d’orgue de ce séjour fut l’instant où Charlotte a franchi le seuil du quartier Derb Bendriss. C’est là que se dresse encore l’ancienne demeure de ses ancêtres, devenue, dit-elle, un hôtel populaire. Charlotte est venue y capter l’écho des murs qui abritèrent les siens.
Au fil de nos échanges, Charlotte a cherché à saisir l’âme de Mazagan d’autrefois, cité cosmopolite et vibrante. Ensemble, nous avons esquissé le portrait d’une société plurielle où la mixité des communautés, durant le Protectorat et à l’aube de l’Indépendance, a forgé une identité partagée.
Enfin, ce voyage a révélé une fascinante transmission de savoir-faire, tel un secret de famille traversant les âges. À l’époque, sa grand-mère enseignait l’art de la broderie aux jeunes Marocaines à Khouribga, diffusant la poésie du point de croix au cœur de la région phosphatière. Aujourd’hui, ce fil de soie se prolonge à Paris, où Charlotte exerce elle-même le métier de brodeuse. En revenant à El Jadida, elle n’effectuait pas seulement un pèlerinage : elle remontait à la source d’une passion née sur le sol marocain il y a près d’un siècle.
Jmahrim()yahoo.fr

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