Moussem Moulay Abdellah : le partage du gâteau risque d’éclipser la fête…

Il fut un temps où, à l’approche du Moussem Moulay Abdellah, l’on parlait d’abord des cavaliers, de la ferveur populaire, des tentes dressées à perte de vue, des visiteurs venus des quatre coins du Maroc et d’ailleurs, et de ce patrimoine séculaire qui faisait battre le cœur des Doukkala. Le moussem était une fête, une mémoire vivante, un rendez-vous avec l’histoire.
Mais aujourd’hui, l’atmosphère semble bien différente. Car à peine l’édition annoncée que commence un autre spectacle, moins noble, plus bruyant. Les artistes réclament leur place sur scène, les cavaliers veulent leur part de reconnaissance, les hlayqias défendent leur espace, tandis que certains pseudo-journalistes, soucieux de ne pas rester à l’écart du festin, multiplient les pressions pour obtenir, eux aussi, leur part du gâteau.


Chaque année, le même scénario se répète. Les sollicitations deviennent des exigences, les recommandations se transforment en injonctions, et les coups de téléphone remplacent parfois les critères de compétence ou de mérite. Comme si le moussem était devenu une manne dont chacun voulait prélever sa part avant même que les festivités ne commencent.

Face à cette agitation, un silence interpelle : celui du président de la commune, pourtant garant politique de cette grande manifestation. Son absence de réaction et son incapacité à rappeler chacun à sa place nourrissent inévitablement les interrogations. Ce silence est-il un simple choix de gouvernance… ou cache-t-il une réalité moins avouable ? La question mérite d’être posée. Et pendant que tout ce petit monde se dispute les privilèges et les avantages, l’essentiel passe au second plan.
Qui réfléchit sérieusement aux conditions d’accueil des centaines de milliers de visiteurs ?
Qui travaille sur la circulation, l’hygiène, la sécurité, les sanitaires, les parkings ou la qualité des infrastructures ?
Qui prépare un moussem digne de son histoire et de son rayonnement ?

Au final, les mêmes carences ressurgissent. Organisation approximative, anarchie, improvisation, embouteillages, services insuffisants… Comme si l’énergie dépensée à satisfaire les appétits particuliers dépassait largement celle consacrée à la réussite collective.

Et lorsque les lumières s’éteignent, chacun rentre chez lui avec son lot de frustrations ou de satisfactions personnelles, tandis que le moussem, lui, laisse une fois encore le goût amer d’une occasion manquée.

Puis le temps passe… jusqu’au prochain été. Les souvenirs s’estompent, les promesses reviennent, les pressions recommencent et le même théâtre rejoue inlassablement la même pièce.

En attendant le prochain Moussem Moulay Abdellah Amghar… où, sauf sursaut, le scénario risque fort d’être le même.

Abdellah Hanbali

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