Projets à l’arrêt à El Jadida : chronique d’une gouvernance défaillante


À El Jadida, l’immobilisme n’est plus une exception, mais une règle qui s’installe dangereusement. Marché de gros de Moulay Abdellah, gare routière, avenue Jabrane Khalil Jabrane, corniche… autant de projets structurants aujourd’hui à l’arrêt, figés dans le béton et les promesses non tenues, donnant l’image d’une ville sans cap, livrée à une gestion approximative et à une absence flagrante de pilotage. Une question s’impose alors, lancinante : y a-t-il encore un pilote dans l’avion ?
Le cas du marché de gros illustre, à lui seul, l’ampleur du malaise. Des dizaines de millions de dirhams engloutis, un équipement achevé mais inutilisable, et une incapacité chronique à finaliser des détails pourtant élémentaires. Ce scénario se répète, presque à l’identique, sur d’autres chantiers censés améliorer la mobilité, l’attractivité urbaine et la qualité de vie des citoyens. Résultat : des projets inachevés, des délais qui s’étirent indéfiniment et des budgets publics dilapidés sans impact tangible sur le développement local.
Cette situation ne saurait être réduite à de simples erreurs techniques ou à un manque de moyens. Elle révèle avant tout une mauvaise gestion systémique, doublée d’un déficit criant de contrôle et de suivi de la part de l’État à travers ses multiples organes de tutelle, d’inspection et d’audit. Comment expliquer que des projets aussi coûteux puissent s’enliser pendant des années sans qu’aucune responsabilité claire ne soit établie, ni aucune sanction réellement dissuasive prononcée ?
Plus préoccupant encore est le climat d’opacité qui entoure ces dossiers : absence de communication transparente, rapports non publiés, décisions prises à huis clos et citoyens maintenus à l’écart d’informations pourtant essentielles. Cette opacité nourrit la défiance, alimente les soupçons de dilapidation des deniers publics et fragilise davantage la crédibilité des institutions locales.
À El Jadida, l’arrêt simultané de plusieurs projets majeurs n’est pas un simple concours de circonstances. Il est le symptôme d’un mal plus profond : une gouvernance locale défaillante, un contrôle étatique insuffisant et une culture de l’impunité qui permet au temps de passer sans que les comptes ne soient rendus. Tant que la responsabilité ne sera pas clairement liée à la reddition des comptes, les chantiers resteront à l’arrêt, et la ville continuera d’avancer… à l’arrêt.

Abdellah Hanbali

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